Les communautés autochtones et racisées sont touchées de façon disproportionnée par la pandémie

Une personne sur huit a déclaré qu’elle-même ou un membre de son ménage avait eu accès à de la nourriture ou à des repas gratuits offerts par un organisme communautaire au cours de la dernière année.

Résumé

En mars dernier, l’Institut Angus Reid a commandé un sondage qui a révélé que 14 % des répondants s’inquiétaient de devoir recourir à une banque alimentaire ou à un autre service de distribution de denrées gratuites en raison du ralentissement économique1. Un an plus tard, les résultats d’un sondage national mené par la firme de recherche de Navigator, Discover, au nom de Banques alimentaires Canada, démontrent que ces préoccupations se sont bel et bien concrétisées pour de nombreux Canadiens.

Un an après le début de la pandémie, 13 % des répondants ont déclaré qu’eux ou un membre de leur ménage avaient eu accès à des aliments ou des repas gratuits offerts par un organisme communautaire à un moment ou à un autre au cours de la dernière année. Un examen plus approfondi des résultats révèle des conclusions semblables à celles d’autres études qui montrent les répercussions disproportionnées de la pandémie sur des groupes particuliers, y compris les jeunes adultes, les personnes à faible revenu et les communautés autochtones et racisées. Ces groupes ne sont pas mutuellement exclusifs et se chevauchent souvent, et l’impact durable que peut avoir la pandémie sur leur bien-être à long terme est très préoccupant. Les résultats de cette étude donnent un aperçu de l’ampleur des besoins qui ont émergé tout au long de l’année et renforcent la nécessité d’une réforme importante de la sécurité du revenu.

Un Canadien sur huit, soit 13 %, a déclaré avoir eu accès à de la nourriture ou à des repas offerts par un organisme communautaire au cours des douze derniers mois. Parmi ceux qui l’ont fait, la majorité l’a fait plus d’une fois.

Parmi les répondants, 13 % ont affirmé qu’ils ont eu accès gratuitement à de la nourriture ou à des repas offerts par un organisme communautaire au cours des douze derniers mois2. Lorsqu’on leur a demandé à quelle fréquence ils y ont eu recours au cours des douze derniers mois, 30 % y ont eu recours une fois, 46 % y ont eu recours deux ou trois fois et 24 % y ont eu recours quatre fois ou plus. Ces résultats indiquent que les besoins étaient plus grands pour ceux qui nécessitaient de l’aide en raison de revenus plus faibles sur une plus longue période, et ceux qui disposaient de peu de ressources (comme des biens, des amis ou de la famille, etc.) lorsque leur budget était serré.

Les travailleurs à faible revenu sont plus susceptibles d’avoir besoin d’aide

Les personnes dans les situations les plus précaires étaient plus susceptibles de se retrouver au fond du gouffre en raison de la pandémie. Les ménages dont le revenu annuel était inférieur à 35 000 $ étaient considérablement plus susceptibles d’avoir eu accès à des aliments ou à des repas gratuits au cours de la dernière année que toutes les autres catégories de revenu. D’autres recherches ont montré que les personnes aux revenus plus faibles sont celles qui ont subi la plus importante perte de salaire pendant la pandémie, y compris les personnes occupant des emplois au salaire minimum et celles travaillant pour des entreprises touchées par des fermetures temporaires (comme les professions liées aux services alimentaires et au tourisme)3.

Les communautés autochtones et racisées sont touchées de façon disproportionnée par la pandémie

La pandémie a amplifié encore plus les iniquités systémiques dans notre société, y compris dans les communautés qui sont historiquement plus susceptibles de connaître des degrés plus élevés de pauvreté et d’insécurité alimentaire. Les répondants faisant partie d’une communauté autochtone ou appartenant à divers groupes racisés étaient plus susceptibles d’avoir déclaré avoir eu recours à un programme alimentaire au cours de la dernière année que ceux qui se sont identifiés comme Blancs. Avant la pandémie, les membres de ces communautés étaient plus susceptibles de vivre de l’insécurité alimentaire, surtout les personnes autochtones ou noires4. Pendant la pandémie, les groupes autochtones et racisés étaient plus susceptibles de se déclarer vulnérables aux répercussions financières de la COVID-195.

Une génération changée à tout jamais

La pandémie et les fermetures temporaires qu’elle a engendrées ont atteint plus durement les ménages les plus jeunes. Les résultats du sondage montrent que les répondants âgés de 18 à 24 ans étaient beaucoup plus susceptibles d’avoir eu accès à des aliments ou à des repas gratuits au cours de la dernière année que les groupes plus âgés, suivis des répondants âgés de 25 à 34 ans. D’autres études ont souligné la perte de salaire disproportionnée subie par les jeunes qui étaient plus susceptibles d’être employées dans des secteurs fortement touchés, qui incluent également des emplois pour lesquels les salaires sont moins élevés (comme dans les domaines de la restauration, du commerce de détail et des services)6. Selon une étude, ce sont les travailleurs âgés de 20 à 29 ans qui ont été les plus touchés. En effet, ce sont ceux « pour qui les heures totales ont chuté de 40 % et dont le taux d’emploi a chuté de 25 % à la suite des fermetures »7.

COVID-19, insécurité alimentaire et recours aux banques alimentaires : mieux comprendre la situation économique des Canadiens pendant la pandémie

Prendre conscience de l’ampleur des besoins tout au long de la dernière année nécessite une vision nuancée. Ce sondage nous donne un aperçu de l’ampleur des besoins tout au long de l’année. Notre prochain rapport Bilan-Faim et d’autres études universitaires portant sur cette période nous donneront une vision plus claire.

Dans notre aperçu sur la crise de la COVID-19, qui se penche sur les tendances observées dans un large échantillon de notre réseau de février à juin 2020, nous avons constaté que les taux d’utilisation des banques alimentaires variaient souvent selon l’emplacement géographique et la population desservie. Par exemple, les banques alimentaires situées dans des centres urbains de 100 000 habitants ou plus ou dont la clientèle était composée de bénéficiaires de l’aide sociale provinciale étaient plus susceptibles de voir leurs taux d’utilisation augmenter tout au long de cette période, malgré les mesures de politique sociale sans précédent mises en place par le gouvernement.

Les données du recensement montrent que les concentrations de communautés racisées sont plus élevées dans les centres urbains, et l’augmentation de l’utilisation dans ces régions était principalement attribuable aux pertes d’emplois liées à la COVID-19 dans les secteurs les plus durement touchés et à l’augmentation du coût de la vie dans les villes.

Les bénéficiaires de l’aide sociale provinciale vivent de revenus qui se situent sous le seuil officiel de pauvreté à l’échelle nationale, et doivent faire faire à des défis continus comme l’augmentation rapide du coût de la vie, ce qui inclut le logement et la nourriture. Des études antérieures du Bilan-Faim montrent que l’aide sociale provinciale constitue la principale source de revenus pour la grande majorité des clients à l’échelle nationale, et qu’ils sont également plus susceptibles de souffrir de l’insécurité alimentaire à des niveaux plus élevés8.

À ces considérations s’ajoute le fait que de nombreuses banques alimentaires ont commencé à remarquer un changement préoccupant par rapport à l’utilisation des banques alimentaires en juin 2020. Bon nombre de banques alimentaires ont commencé à observer une tendance à la hausse des besoins ce mois-là, et elles ont attribué cette tendance à l’expiration de certains avantages et initiatives (comme des moratoires d’expulsion, d’autres pertes d’emploi et une plus grande part des Canadiens mettant fin à leur quarantaine ou leur confinement qui avait restreint leurs déplacements au cours des derniers mois).

Ensemble, ces renseignements, combinés aux résultats de notre sondage national, peuvent indiquer un recours important aux programmes alimentaires au cours de la dernière année.

La suite

Dans notre aperçu, nous avons construit notre appel à l’action en nous basant sur la préoccupation selon laquelle les banques alimentaires ne peuvent pas répondre simultanément à une vague de nouveaux clients tout en maintenant leur niveau de soutien pour répondre aux besoins à long terme causés par des décennies de négligence politique.

Notre collecte de données montre qu’un nombre impressionnant de Canadiens se trouvent nouvellement ou depuis longtemps en situation d’insécurité alimentaire. Les groupes historiquement marginalisés représentent une grande partie de cette population à risque, pour qui la dépendance à une banque alimentaire ne tient qu’à un simple changement économique.

Le Canada a besoin de politiques sociales solides qui éloignent ces groupes d’une (possible) insécurité alimentaire et qui créent un filet de sécurité plus robuste pour les Canadiens qui passent encore entre les mailles.

Il faut accorder une attention particulière aux personnes qui vivent dans une situation de pauvreté et de marginalisation à long terme. De nombreuses initiatives gouvernementales ont réussi à rendre la situation de ceux qui vivent près du seuil de pauvreté moins précaire, mais elles ont laissé ceux qui vivent sous ce seuil dans un perpétuel cycle de pauvreté, au cœur d’un système dont il est extrêmement difficile d’en sortir.

Pour les personnes nécessitant l’aide de banques alimentaires, les problèmes liés au revenu, aux possibilités d’emploi, au coût élevé du logement, à l’aide sociale inadéquate et au manque de ressources en santé mentale sont des priorités absolues, et la récente pandémie a mis en lumière des lacunes importantes dans chacune de ces sphères.

Pour aider les Canadiens obligés de vivre dans une situation d’insécurité alimentaire au cours de la dernière année, et pour ceux qui vivent cette réalité au quotidien depuis longtemps, le Canada doit :

  1. Commencer à travailler à l’établissement d’un seuil de revenu minimum qui garantit qu’aucun Canadien ne vivra sans l’argent et le soutien nécessaires pour se nourrir et nourrir sa famille.
  2. Revitaliser la Stratégie nationale sur le logement en mettant l’accent sur l’implantation et l’élargissement immédiat d’une prestation de logement pour les locataires à faible revenu. Ceux-ci réservent actuellement une part beaucoup trop élevée de leur revenu à leur loyer et n’ont ensuite plus les moyens de s’offrir des produits essentiels comme de la nourriture.
  3. Offrir un meilleur soutien aux groupes marginalisés du Canada, y compris les adultes vivant seuls, les personnes handicapées, les populations autochtones et les Canadiens racisés. 

Ce ne sont là que quelques-unes des stratégies que le gouvernement devrait adopter pour aider les Canadiens souffrant de l’insécurité alimentaire.

Au cours des prochains mois, Banques alimentaires Canada élaborera son rapport annuel Bilan-Faim et une stratégie nationale de lutte contre la pauvreté qui expliqueront en détail les mesures à prendre pour que chaque Canadien puisse subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille.

Méthodologie

Les résultats de cette étude sont tirés d’un panel en ligne d’un échantillon représentatif de la population canadienne en général.

Aux fins de la présente étude, un sondage en ligne a été mené auprès des résidents adultes du Canada du 12 au 17 mars 2021, ce qui a donné lieu à un échantillon total fondé sur le recensement de 2 077 Canadiens de plus de 18 ans. La question posée aux répondants au sondage était une variante du sondage Perspectives Canada, série 2 (CPSS2), qui était la suivante : « Au cours des 30 derniers jours, est-ce que vous ou d’autres membres de votre ménage avez eu accès à de la nourriture ou à des repas, sans frais pour vous, offerts par un organisme communautaire? ». Pour la présente enquête, la période est passée de 30 jours à 12 mois9.

La marge d’erreur pour un échantillon probabiliste strict serait de ±2,2 %, 19 fois sur 20. Des quotas ont été appliqués pour assurer une représentation proportionnelle des résidents provinciaux en fonction de l’âge, du sexe et de la région, qui reflète les données de recensement disponibles les plus à jour. Par conséquent, aucune pondération n’a été utilisée. Le sondage faisait partie d’une vaste étude commandée et payée par Banques alimentaires Canada.


1https://angusreid.org/covid-19-economic-impact-canada/2 N=2 077
3 Lemieux, T., K. Milligan, T. Schirle et M. Skuterud. 2020. « Initial Impacts of the COVID-19 Pandemic on the Canadian Labour Market » Canadian Public Policy, 46 (S1):S55-S65 et The Daily. 2021. « Le bien-être économique des ménages pendant la pandémie de COVID-19, estimations expérimentales, quatrième trimestre de 2020 ». Statistique Canada, 28 mai 2021, https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/210528/dq210528a-fra.htm
4 Tarasuk, V., A. Mitchell. (2020) Household food insecurity in Canada, 2017-18. Toronto : Research to identify policy options to reduce food insecurity (PROOF). Tiré de : https://proof.utoronto.ca/.5 Feng Hou, Kristyn Frank et Christoph Schimmele, « Répercussions économiques de la COVID-19 chez les groupes de minorités visibles », Statistique Canada, 6 juillet 2020, https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/45-28-0001/2020001/article/00042-fra.htm et La COVID-19 au Canada : le point sur les répercussions sociales et économiques après six mois. Statistique Canada, 20 octobre 2020, https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/11-631-x/11-631-x2020003-fra.htm
6 Lemieux, T., K. Milligan, T. Schirle et M. Skuterud. 2020. « Initial Impacts of the COVID-19 Pandemic on the Canadian Labour Market » Canadian Public Policy, 46 (S1):S55-S65 et The Daily. 2021. « Le bien-être économique des ménages pendant la pandémie de COVID-19, estimations expérimentales, quatrième trimestre de 2020 ». Statistique Canada, 28 mai 2021, https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/210528/dq210528a-fra.htm
7 Lemieux et coll., p. S60.
8 « Food insecurity and social assistance ». Toronto : Research to identify policy options to reduce food insecurity (PROOF). Tiré de : https://proof.utoronto.ca/wp-content/uploads/2017/05/social-assistance-factsheet.pdf
9 Comme dans le sondage CPSS2, la question était accompagnée de la définition pour le terme « organisme communautaire », en ce sens qu’elle pouvait « inclure les banques alimentaires, les centres communautaires, les programmes scolaires, les organismes confessionnels ou les dons provenant de jardins communautaires ».