Les changements climatiques perturbent l’accès aux aliments dans le Nord. Voici comment une communauté a traversé une période difficile.

La communauté de York Landing, au Manitoba, qui compte environ 480 membres de la Première Nation de York Factory, incarne les valeurs Ininewak : le fait de s’assurer que tout le monde est nourri est au cœur de la culture. Pourtant, comme de nombreuses communautés du Nord, ses habitants doivent composer avec des niveaux accrus d’insécurité alimentaire en raison de facteurs comme les injustices historiques, les possibilités d’emploi limitées et les coûts élevés du transport.

Au cours de l’été 2025, un ensemble d’événements et de conditions météorologiques a empiré la situation. Tout d’abord, l’hiver précédent, la route de glace de York Landing n’avait été ouverte que pendant environ un mois, alors qu’elle permettait normalement les expéditions hivernales pendant près de trois mois. Puis, des niveaux d’eau extrêmement bas sur le fleuve Nelson ont empêché le traversier estival de fonctionner de façon fiable, isolant la communauté pendant une période de l’année où elle était habituée à un approvisionnement relativement stable en biens, y compris des aliments commerciaux.

Pire encore, des feux de forêt se sont répandus dans la région à partir de la fin mai, remplissant l’air de fumée malsaine et empêchant les gens de sortir pour récolter des aliments traditionnels. « Nous devions également nous préparer à évacuer à tout moment », se souvient Danielle Sinclair, coordonnatrice du programme de récolte pour la Première Nation de York Factory, à York Landing. « Les gens avaient fait leurs bagages, ils étaient prêts à partir ».

« Les vols étaient annulés, poursuit-elle. Il n’y avait plus d’accès routier vers Thompson [la grande ville la plus proche] pour magasiner. Le magasin du Nord a été privé d’électricité pendant plus d’une semaine. Il n’y avait pas d’œufs ni de lait. Comme vous pouvez l’imaginer, nous étions à bout. »

Les changements climatiques ne touchent pas toutes les régions de la même façon, et jusqu’à présent, l’Arctique et la région subarctique ont subi certains des effets les plus considérables. Les changements graves et irréversibles apportés aux paysages et aux écosystèmes « ont un impact négatif sur la santé des habitants du Nord, ce qui amplifie les inégalités existantes », mentionne le rapport Le Canada dans un climat en changement : rapport sur les Perspectives régionales, qui fait partie d’une évaluation fédérale en cours.

Mme Sinclair le constate par elle-même. « Qui habite dans le Nord? Les Autochtones, ajoute-t-elle. Nous sommes parmi les personnes les plus touchées. »

« La souveraineté alimentaire passe avant tout »

Danielle Sinclair est récemment rentrée à York Landing après ses études en conservation à Vancouver. Elle a joué un rôle dans les programmes de chasse et de récolte sur le territoire de la communauté, ce qui l’a rapidement mise en contact avec Banques alimentaires Canada, qui avait accordé à la Première Nation de York Factory une Subvention d’urgence pour l’accès à la nourriture en 2025. Les fonds ont été réservés pour des cartes-cadeaux et des bons d’achat d’aliments commerciaux, mais également pour du carburant pour motoneige en prévision d’un voyage de chasse à l’orignal qui devait apporter beaucoup de viande nutritive et culturellement importante dans la communauté.

Toutefois, en juillet, alors que les familles éprouvaient des difficultés et que la saison de motoneige était encore loin, Sinclair a communiqué avec Banques alimentaires Canada pour demander à la Première Nation de York Factory de dépenser dès que possible la Subvention d’urgence pour l’accès à la nourriture.

« Ça doit être une période stressante dans la communauté en ce moment », a répondu Nolan Wadsworth-Polkinghorne, agent du Programme du Nord à Banques alimentaires Canada, dans un courriel. « Je suis content que vous essayiez de gérer les choses avant qu’elles ne se transforment en crise. »

Après avoir rapidement aidé Mme Sinclair à obtenir l’approbation de la modification des plans pour la subvention, M. Polkinghorne et son collègue du Programme du Nord, Jay Stevens, l’ont mise en contact avec des organismes qui pourraient les aider à tirer le maximum de fonds. La Wiiche’iwaymagon Food Buying Alliance, Harvest Manitoba, Second Harvest et Manitoba Keewatinowi Okimakanak se sont tous joints à la Première Nation de York Factory et à Banques alimentaires Canada pour l’approvisionnement en nourriture et en transport.

« Il a fallu environ trois semaines de planification et de coordination, mais ensuite la nourriture a été expédiée », explique Mme Sinclair, qui a envoyé chaque jour une équipe au sol sur la piste d’atterrissage locale pour ramasser de nouvelles livraisons. « En tout, plus de 20 palettes sont arrivées. Il y avait du thon, des haricots, de la soupe, des pâtes, du riz, du maïs, du poulet : toutes sortes de choses. C’était génial de voir des femmes du coin travailler au sein de l’équipe au sol et de contribuer à la communauté de cette façon. »

Selon la coutume, les aînés étaient servis en premier, mais il y avait assez de nourriture à partager avec tout le monde. « Nous avons un groupe Facebook communautaire, et les gens faisaient des blagues comme : “Qui sont les gens qui continuent de nous apporter toute cette bonne nourriture? Nous n’aurons bientôt plus aucune raison de nous plaindre!”, rigole Sinclair.

En réalité, ajoute-t-elle sur un ton plus sérieux, de nombreuses personnes de York Landing continuent de faire face à l’insécurité alimentaire. « Nous avons besoin d’une aide immédiate, mais aussi de solutions à long terme ».

Par l’entremise de son Programme du Nord et de son Fonds de renforcement des capacités pour les régions nordiques, Banques alimentaires Canada vise à outiller et à élargir les initiatives locales de sécurité alimentaire, comme le programme de récolte coordonné par Mme Sinclair. Nous préconisons également des changements systémiques dans les politiques pour rendre les aliments, tout comme le reste des produits essentiels de la vie, plus accessibles dans la région.

Sinclair rêve d’un avenir où les habitants du Nord obtiendront la formation, les outils et l’infrastructure nécessaires pour favoriser la souveraineté alimentaire. « Quand on s’inquiète pour la nourriture, on ne pense qu’à manger et à nourrir sa famille », dit-elle. Pour les membres des Premières Nations qui souhaitent revitaliser notre souveraineté, la souveraineté alimentaire passe avant tout. »