Les banques alimentaires mobiles : une innovation qui mérite qu’on en parle

Le comté d’Essex, dans le sud-ouest de l’Ontario, est une étendue de terres agricoles riches qui compte l’une des plus grandes densités de serres maraîchères en Amérique du Nord. Chaque été et chaque automne, la région fait d’importants dons de produits frais locaux pour la banque alimentaire locale, The Inn of the Good Shepherd. Mais il y a un peu plus d’une décennie, le personnel de cette banque alimentaire a constaté un problème dans cet afflux autrement bienvenu de tomates, de concombres, de pommes de terre et plus encore. Les volumes élevés de récoltes dépassaient ce que les banques alimentaires pouvaient distribuer, ce qui a entraîné une détérioration et des pertes.

« On voulait mettre ça [le produit] entre les mains des gens », explique Myles Vanni, directeur général de The Inn. Cette banque alimentaire dessert l’ensemble de la région de Sarnia-Lambton, qui comprend plusieurs « déserts alimentaires », ou des zones où il est difficile, coûteux ou carrément impossible d’avoir accès à des aliments frais et nutritifs. Mais comment élargir la portée de la banque alimentaire? Il n’était pas toujours possible pour les résidents de se rendre de certains de ces endroits à la banque alimentaire.

En septembre 2011, The Inn a décidé de faire l’essai d’une banque alimentaire mobile. Chaque semaine, M. Vanni et ses collègues transportaient par camion des fruits et légumes et d’autres produits de base dans un quartier de gens à faible revenu et installaient une table de style marché agricole pour la journée. Le projet pilote a connu un tel succès qu’il a attiré l’attention des régions avoisinantes. « Les gens des autres quartiers disaient : “Oh, vous le faites dans ce quartier-là; qu’en est-il du nôtre?” se souvient M. Vanni.

L’année suivante, la banque alimentaire exploitait des marchés mobiles de juillet à la fin d’octobre. « Ça a grandi à partir de là », mentionne-t-il.

The Inn n’est pas la seule banque alimentaire à avoir adopté cette approche. Des banques alimentaires mobiles ont vu le jour partout au Canada, alors que les banques alimentaires constatent que de nombreuses personnes dans le besoin vivent loin d’un emplacement physique, qu’elles manquent de temps ou de moyens de transport ou encore qu’elles font face à des problèmes de mobilité.

Lors d’un récent laboratoire d’apprentissage de Banques alimentaires Canada, des banques alimentaires mobiles de plusieurs emplacements au pays ont fait part de leur expérience. Les laboratoires d’apprentissage sont une série trimestrielle de webinaires où les banques alimentaires discutent des pratiques, des tendances et des modèles exemplaires et prometteurs en matière de banques alimentaires. Les participants obtiennent des renseignements pratiques, explorent de nouvelles approches et ont l’occasion de collaborer à des solutions qui fonctionnent.

Surmonter les obstacles géographiques à l’accès aux aliments

En ce qui concerne les banques alimentaires mobiles, l’un des principaux facteurs qui influent à la fois sur les besoins et la faisabilité est la géographie. Bien que The Inn of the Good Shepherd soit situé dans un pays agricole, la banque alimentaire Loaves and Fishes sert de banque alimentaire centrale pour l’île de Vancouver. Comme il existe de nombreuses communautés éloignées sur cette vaste île montagneuse, les habitants doivent faire jusqu’à six heures de route – des routes souvent étroites et sinueuses – jusqu’à Nanaimo pour accéder à des ressources.

Alex Counsell, directeur des opérations de Loaves and Fishes, affirme que la banque alimentaire mobile depuis un entrepôt central était une partie de la solution à ce problème. En 2006, son équipe a commencé à exploiter un emplacement satellite. Elle compte maintenant plus de 30 emplacements du genre, dont 11 dans la ville de Nanaimo. Il y a un marché tous les jours de la semaine à divers moments, y compris les soirs et les fins de semaine pour ceux dont l’horaire rend difficile une visite pendant les heures normales de bureau. L’équipe s’associe aux églises et travaille avec des bénévoles locaux sur presque toute l’île.

Fruit at a mobile food bank run by the Inn of the Good Shepherd

Des tables sont montées, mais les paniers alimentaires ne sont pas préparés à l’avance : les fruits et légumes, les produits laitiers, les charcuteries et la viande sont disposés pour la journée et les clients choisissent les articles qui répondent à leurs besoins.

Environ la moitié de ces marchés exigent que les clients réservent des plages horaires pour une visite. M. Counsell reconnaît que cette approche ne fonctionne pas partout, mais il affirme que le système aide l’entrepôt à envoyer la bonne quantité de nourriture à chaque emplacement afin qu’il n’en manque pas au milieu de la journée – un aspect essentiel, puisque le trajet vers chaque emplacement peut être ardu.

La banque alimentaire Cambridge, à Cambridge, en Ontario, exploite également un marché mobile, un modèle à première vue semblable à celui de M. Vanni et de son équipe. À l’instar de Sarnia, Cambridge est une collectivité du sud-ouest de l’Ontario qui offre des aliments frais locaux au gré des saisons, et son marché mobile achemine les fruits et légumes aux collectivités mal desservies. Le marché mobile a également favorisé des partenariats étroits avec des emplacements de l’extérieur comme des centres communautaires, des églises, des mosquées et des centres pour personnes âgées. Ces partenariats aident le marché à rester prévisible, à rencontrer les gens là où ils se trouvent et conséquemment à augmenter le taux d’adhésion. « Nous sommes un incontournable », affirme Patrick Doyle, directeur du marché alimentaire mobile à la banque alimentaire de Cambridge. « Les gens peuvent prévoir quelle journée ou quelle semaine ils viendront. »

Principales leçons

Malgré certaines stratégies différentes, quelques pratiques exemplaires courantes émergent de ces exemples de banques alimentaires mobiles. Le plus important est de mobiliser la communauté. En collaborant avec des partenaires stratégiques et des emplacements dès le départ, les marchés mobiles peuvent faire appel à des bénévoles locaux, contribuer à faire passer le message par les canaux existants et mieux rejoindre les clients dans une nouvelle région.

Mobiliser la communauté, c’est aussi intégrer des services supplémentaires. À Sarnia, un marché mobile peut comprendre des travailleurs de la santé publique, des sacs de collations Après la cloche pour combler le manque de denrées fraîches pour les enfants pendant les vacances d’été, ou des fiscalistes qui font du bénévolat dans le cadre d’un populaire programme d’aide en impôt. « Souvent, lorsque nous travaillons avec des gens, nous constatons que l’insécurité alimentaire n’est pas le seul problème, explique Myles Vanni. Parfois, c’est le symptôme de quelque chose de plus profond. » En s’intégrant aux services locaux, les marchés mobiles peuvent devenir de nouveaux centres de services où les clients peuvent obtenir des réponses à de nombreuses préoccupations en un seul endroit.

Une autre leçon essentielle pour les banques alimentaires mobiles qui doivent composer avec des volumes importants de fruits et légumes frais : investir dans la réfrigération et réduire au minimum la manipulation.

Lorsque le marché de Sarnia a commencé en 2011, les fruits et légumes étaient entreposés dans une chambre froide inconfortable au sous-sol, et chargés et déchargés manuellement chaque jour. Les aliments étaient plus endommagés et plus détériorés. The Inn a d’abord installé un conteneur réfrigéré au niveau du sol à son emplacement principal, puis depuis trois ans, l’organisme dispose de son premier fourgon frigorifique (un camion réfrigéré). Ce système lui permet de transporter beaucoup plus de fruits et légumes sans trop les manipuler, et de les garder consommables plus longtemps. Loaves and Fishes et Cambridge ont également investi dans des infrastructures de réfrigération.

Les banques alimentaires qui souhaiteraient faire de même sans en avoir les moyens sont invitées à présenter une demande pour l’une des subventions Capacité Max, conçues pour permettre aux banques alimentaires de manipuler plus de nourriture en toute sécurité, surtout les aliments frais.

Peu importe à quoi ressemble le marché mobile, tout le monde semble s’entendre sur le fait de commencer petit et de construire lentement. « N’essayez pas de prendre de l’expansion trop rapidement, dit M. Doyle. Développez de façon organique. »

Pour M. Vanni, cette approche a porté ses fruits. En 2025, The Inn exploitait 18 marchés mobiles dans la région de Sarnia-Lambton, dans des collectivités rurales, à faible revenu et des Premières Nations. De juillet à octobre de la dernière année, des camions réfrigérés se sont dirigés vers des emplacements en rotation selon la journée, où 3 500 à 4 000 kilos de nourriture fraîche ont été livrés chaque semaine.

M. Vanni voit les clients ravis des options qu’ils ont aux marchés mobiles. « Les enfants couraient, prenaient un poivron sur la table et le mangeaient comme si c’était une pomme », dit-il.

Même si les besoins augmentent dans les communautés canadiennes, les banques alimentaires relèvent le défi, et les marchés alimentaires mobiles démontrent que ces efforts sont les plus novateurs et les plus efficaces.