Chez Banques alimentaires Canada, nous croyons que les banques alimentaires ouvrent des portes : elles permettent aux gens de s’entraider pendant les périodes difficiles de la vie et de saisir les possibilités qui s’offrent à eux. Nous sommes reconnaissants envers les personnes qui ont généreusement accepté de partager leur histoire afin d’illustrer comment cette réalité se manifeste dans la vie de nos familles, de nos amis et de nos voisins.
Il y a trois décennies, à l’approche de Noël, Jeret Holt, alors âgé de 12 ans, se trouvait à la maison avec sa mère et ses deux jeunes sœurs dans la petite ville de Black Diamond, juste au sud de Calgary, en Alberta. De l’autre côté d’un terrain de football voisin, ils ont aperçu un grand autocar qui descendait la rue. Ce n’était pas quelque chose qu’ils voyaient tous les jours, et certainement pas une scène habituelle dans les rues de leur quartier à faible revenu.
Holt regardait le bus s’arrêter devant certaines maisons, tandis que des personnes déguisées en père Noël et en lutins descendaient pour livrer des cadeaux. Puis l’autocar s’est arrêté devant la maison des Holt.
« À l’époque, je ne savais pas que c’était la banque alimentaire, se souvient-il. Je n’avais aucune idée de qui c’était. Ils sont venus simplement livrer des cadeaux… Et on avait vraiment l’impression que le père Noël nous rendait visite. C’était quelque chose de spécial pour mes sœurs. »
Le bus livrait des cadeaux de Noël offerts à des familles par l’intermédiaire de la banque alimentaire locale, et il est revenu chez les Holt lors des Noëls suivants, apportant un peu de joie à une période autrement difficile pour leur famille. Quelques années auparavant, ses parents avaient divorcé, ce qui avait entraîné de longues procédures judiciaires amères, sans pension alimentaire. Même avant la fin du mariage, sa mère avait dû quitter un bon emploi pour occuper des postes moins stables afin de pouvoir élever ses enfants. L’argent et la nourriture venaient à manquer. Mais cette année-là, en plus des cadeaux, la banque alimentaire a aussi livré un panier alimentaire de Noël.
Holt n’a jamais oublié ce geste, malgré tout le chemin parcouru depuis.
Aujourd’hui, à 42 ans, il est le fondateur, propriétaire et exploitant de Calgary Cameraman, une entreprise qui offre des services de cinématographie et de montage à des clients réalisant des tournages à Calgary et dans ses environs. Au cours des 25 dernières années, Holt a collaboré avec des organisations médiatiques allant de CBC à Al Jazeera et NHK, des émissions télévisées de MTV Cribs ou Property Brothers, ainsi qu’une longue liste de clients commerciaux, sportifs et corporatifs, de Subway à la LNH en passant par WestJet. Son entreprise continue de croître et est actuellement en expansion partout au Canada ainsi qu’aux États-Unis et au Royaume-Uni.
Mais Holt reconnaît volontiers le rôle de la communauté, de sa famille et de ses amis qui l’ont soutenu tout au long de son parcours. Redonner à la communauté a toujours fait partie de sa démarche. Aujourd’hui, il agit comme mentor auprès d’étudiants souhaitant apprendre son métier. Et lorsqu’il en a l’occasion, il parle également de son soutien et de sa reconnaissance à l’égard de la banque alimentaire. « Cela montrait qu’il y avait une communauté, dit-il. Et qu’au moins quelqu’un était là, qu’on comptait pour quelqu’un. » Cette gratitude a duré des décennies et a accompagné Holt à travers des hauts et des bas remarquables.
Recevoir du soutien et redonner au suivant
Holt est né à Calgary et a vécu dans la ville voisine de Turner Valley jusqu’à l’âge de deux ans, lorsque sa famille a déménagé à Black Diamond, juste à côté. (La région a depuis été fusionnée pour former Diamond Valley). Son père était camionneur commercial, et sa mère travaillait pour la ville de Calgary. « Individuellement, c’étaient de bonnes personnes », dit Holt, tout en reconnaissant ouvertement que leur relation était souvent instable et abusive.
Lorsqu’il avait neuf ans, sa mère est finalement partie, emmenant Holt et ses sœurs dans un refuge pour femmes. Les années suivantes ont été stressantes. Il se souvient que son père est devenu très renfermé, sans verser de pension alimentaire. Sa mère a fini par lancer sa propre entreprise de ménage, tandis que Holt s’occupait de ses sœurs après l’école. Holt souffrait de TDAH et avait de la difficulté à suivre à l’école.
Il admet avec un sourire en coin qu’il était le meneur des « mauvais élèves » de son école, au point d’être expulsé en 8e année. Grâce au soutien et à la persévérance de sa mère, il a réussi à être admis dans une autre école, où il a reçu un prix « élève ayant le plus progressé » lors de la remise des diplômes de 8e année; mais vers le milieu de son adolescence, Holt, désormais au secondaire, a retrouvé ses anciens amis, accumulant les suspensions et découvrant la drogue.

C’est pendant ces années que Holt se souvient de l’autobus de la banque alimentaire chargé de cadeaux ainsi que des paniers alimentaires qui allégeaient un peu le fardeau de la famille pendant la période des Fêtes.
La famille n’avait pas demandé cette aide. « Des gens de la communauté inscrivaient le nom de ma mère à la banque alimentaire, puis ils arrivaient simplement avec un panier alimentaire. C’était une petite communauté », explique M. Holt. « Et ma mère savait qu’elle avait besoin d’aide. Alors, elle l’a acceptée. Je ne pense pas qu’il y avait de sentiment négatif. Je pense que c’était un véritable soulagement. » De plus, se souvient-il, les paniers pouvaient être amusants. Ils recevaient parfois des aliments comme du pouding Jell-O, qu’ils ne s’offraient jamais habituellement.
Lorsque Holt était à la mi-adolescence, il accompagnait parfois sa mère dans des emplois de ménage. L’un d’eux était une grande propriété devenue un client régulier, où Holt aidait à l’entretien du terrain et à divers petits travaux.
En travaillant, Holt ne pouvait s’empêcher de remarquer à quel point l’endroit était… agréable. Des voitures neuves. Des trophées étincelants. Un jour, Holt a donc demandé au propriétaire, un homme nommé Doug, ce qu’il faisait dans la vie.
« Je suis caméraman », a répondu Doug.
Holt n’avait jamais entendu parler de ce métier. Mais de toute évidence, c’était un travail plutôt enviable. Il a décidé qu’il voulait apprendre les ficelles du métier.
Doug a commencé à l’encadrer dans cette nouvelle ambition, allant même jusqu’à l’emmener sur des tournages. Mais un nouvel obstacle se profilait. Holt devait être admis au collège pour exercer le métier qu’il avait choisi, mais ses notes n’étaient pas très bonnes. Il n’a pas été accepté au SAIT (Southern Alberta Institute of Technology), l’établissement qu’il visait, lors de sa première tentative. Mais Doug a écrit une lettre de recommandation, encourageant l’établissement à considérer l’ambition de son mentoré plutôt que ses notes, et l’année suivante, Holt a obtenu une entrevue.
C’est au cours de ce processus qu’un des intervieweurs a demandé à Holt s’il savait qui était Doug. C’est à ce moment-là que Holt a appris qu’il avait été formé par Douglas Munro, un cinéaste canadien primé, dont le nom figure au générique de nombreuses productions. Il apprenait auprès d’un véritable professionnel.
Cette fois-là, Holt a été admis au SAIT, laissant la drogue derrière lui. Après l’obtention de son diplôme, il a lancé sa propre entreprise, Calgary Cameraman. Les premières années ont été difficiles et il a commis des erreurs, mais il a persévéré et a progressivement bâti sa réputation. Il a reçu un important coup de pouce après avoir travaillé sur l’émission Property Brothers, où il s’est démarqué auprès de l’équipe de production en aidant à mettre en place des prises de vue particulièrement complexes.
Aujourd’hui, Holt travaille avec des clients internationaux de renommée mondiale. Son entreprise continue de croître. Il est également marié et père de deux enfants. « J’ai réussi à tirer le positif du négatif, dit-il. Je peux laisser tout ça derrière moi, briser le cycle pour mes enfants. » Il a aussi travaillé fort pour entretenir ses relations avec ses sœurs, sa mère et son père, avec qui il a pu passer du temps avant son décès d’un cancer en 2012.
Bâtir une entreprise à partir de rien n’est pas une tâche pour les âmes sensibles, et Holt a travaillé dur. Mais il se souvient aussi de toutes les personnes qui l’ont aidé à en arriver là où il est aujourd’hui. Un mentor qui a écrit des lettres et qui l’a soutenu malgré ses mauvaises notes. Des membres de sa famille qui lui ont offert un endroit où loger et du soutien lorsqu’il en avait besoin — il se rappelle, par exemple, de son oncle Bob et de sa tante Deb, qui ont payé sa deuxième demande d’admission au SAIT et l’ont hébergé un moment à Toronto pour qu’il « remette de l’ordre dans sa vie » avant d’entrer au collège. Et des membres de la communauté qui, discrètement, avaient inscrit sa famille pour recevoir des cadeaux et des paniers de la banque alimentaire toutes ces années auparavant.
« Dès que vous commencez à vous concentrer sur la façon dont vous pouvez être utile, c’est incroyable ce que cela peut apporter, parce que ce sont des choses qu’on ne peut pas prévoir, dit-il. Ça apporte énormément. »
Holt espère que son histoire encouragera d’autres personnes à réfléchir à l’impact que leur soutien à des organismes comme la banque alimentaire peut avoir — surtout pour les familles en situation d’insécurité alimentaire avec des enfants, qui peuvent longtemps profiter de ce répit, se souvenir qu’on leur a tendu la main au moment où elles en avaient besoin et, comme Holt, redonner à leur tour.
« Les enfants sont souvent victimes de circonstances qu’ils n’ont pas créées », explique Holt. Alors, quand les gens soutiennent la banque alimentaire, il faut penser à l’objectif plus profond ou au bien commun que cela permet réellement d’accomplir. »