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Comprendre les répercussions de l’insécurité alimentaire :
résultats d’une étude de recherche-action participative
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- Résumé
- Introduction
- La recherche-action participative
- À propos de l’équipe de recherche par les pairs
- Collecte, recrutement et analyse des données
- Caractéristiques des participants
- Limites de l’étude
- Conclusions
- Conclusions générales
- Le revenu est insuffisant pour subvenir aux besoins essentiels
- L’insécurité alimentaire a un impact physique
- L’insécurité alimentaire a des répercussions sur les émotions et la santé mentale
- L’insécurité alimentaire a une incidence à l’école et au travail
- L’insécurité alimentaire a des répercussions importantes
- Les répercussions sociales de l’insécurité alimentaire
- Résilience et adaptation : survivre sans s’épanouir
- Nourriture, dignité et communauté
- Les effets durables de l’insécurité alimentaire
- L’insécurité alimentaire est un cercle vicieux
- Explorer les thèmes émergents de l’étude à partir des données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes
- Recommendations
- Nos recommandations
- S’attaquer aux facteurs structurels et financiers de l’insécurité alimentaire
- Lutter contre l’insécurité alimentaire grâce à des services coordonnés de santé, de logement et de soutien social
- Réduire les obstacles à une alimentation nutritive et culturellement appropriée
- Prioriser les soutiens préventifs qui favorisent la stabilité à long terme
- Réduire la stigmatisation et améliorer l’accès aux soutiens
- Possibilités stratégiques conformes aux constatations et aux efforts de défense des intérêts de Banques alimentaires Canada
- Gouvernement fédéral
- Gouvernements provinciaux et territoriaux
- Administrations municipales
- Conclusion
- Remerciements
- Références
Résumé
Cette étude de recherche-action participative (RAP) a exploré les répercussions de l’insécurité alimentaire grâce aux expériences vécues par 101 participants dans sept provinces et territoires du Canada. Les résultats démontrent que l’insécurité alimentaire est plus qu’un simple manque de nourriture : elle affecte la stabilité financière, la santé physique et mentale, les possibilités d’éducation et d’emploi, les relations sociales et le bien-être général des participants.
L’insécurité alimentaire est caractérisée par des tensions financières persistantes et des compromis difficiles entre la nourriture, le logement, les soins de santé, le transport et d’autres besoins essentiels. 80 % des répondants au sondage ont déclaré qu’ils n’avaient pas les moyens d’acheter suffisamment de nourriture, 79 % ne pouvaient pas se payer des repas équilibrés, 73 % ont retardé ou évité des soins médicaux en raison du coût des aliments et 69 % ont déclaré s’endetter pour acheter de la nourriture. Les participants ont décrit l’insécurité alimentaire comme une expérience cyclique et cumulative dans laquelle les difficultés financières, la mauvaise santé et la réduction de la participation au travail, à l’éducation et à la vie communautaire se sont renforcées au fil du temps.
Malgré des défis importants, les participants ont fait preuve de résilience en adoptant diverses stratégies d’adaptation. Toutefois, bon nombre de ces stratégies semblent axées sur la survie à très court terme plutôt que sur la stabilité à long terme. Les participants ont souligné que l’insécurité alimentaire est principalement attribuable à un revenu inadéquat et à la hausse du coût de la vie, ce qui souligne la nécessité de solutions structurelles qui renforcent la sécurité du revenu, améliorent l’accès à des aliments nutritifs abordables, réduisent la stigmatisation et tiennent compte des conditions sociales et économiques générales qui contribuent à l’insécurité alimentaire.
Introduction
L’insécurité alimentaire est étroitement liée à des défis sociaux et économiques plus vastes — ayant des répercussions importantes sur la santé, l’éducation et la participation au marché du travail — et constitue un enjeu politique et de santé publique important au Canada. Santé Canada définit l’insécurité alimentaire des ménages comme un accès inadéquat ou non sécurisé aux aliments en raison de contraintes financières et la classe comme un déterminant important de la santé (Santé Canada, 2020). Des données récentes de Statistique Canada montrent l’ampleur croissante du problème et son lien avec les inégalités persistantes en matière de revenu et de capacité à assumer le coût de la vie.
Des recherches ont établi un lien entre l’insécurité alimentaire et l’augmentation des coûts des soins de santé et divers effets néfastes sur la santé physique et mentale (Gundersen et Ziliak, 2015; Tarasuk et coll., 2015). Au niveau des systèmes, ces répercussions contribuent à accroître l’utilisation des services de santé, à réduire la productivité et à accroître la demande de services sociaux et de soutien. Il est important de comprendre et de reconnaître ces répercussions plus vastes et interreliées, car l’insécurité alimentaire touche de nombreuses personnes et de nombreux ménages qui ne sont peut-être pas pris en compte par les mesures traditionnelles de la pauvreté.
L’insécurité alimentaire n’est pas façonnée par les choix individuels. Elle est façonnée par des facteurs structurels et systémiques. La hausse des coûts du logement, la précarité de l’emploi et les soutiens du revenu inadéquats contribuent aux tensions financières continues, obligeant les personnes et les familles à décider entre acheter de la nourriture et payer pour d’autres besoins de base, comme le loyer ou les médicaments. Ces décisions difficiles renforcent les cycles de pauvreté et de précarité.
Bien que la recherche quantitative ait fourni des renseignements importants sur certaines des répercussions plus vastes de l’insécurité alimentaire, il subsiste des lacunes dans la compréhension des expériences vécues de cette question et de la portée complète de ses répercussions dans plusieurs domaines. Les données quantitatives fournissent des renseignements utiles à l’échelle de la population, mais peuvent ne pas saisir pleinement les réalités quotidiennes des personnes, les stratégies d’adaptation et les répercussions émotionnelles et sociales de l’insécurité alimentaire.
La recherche-action participative (RAP) permet de combler ces lacunes en centrant l’expérience vécue et en mobilisant directement les personnes touchées dans le processus de recherche. En faisant participer des pairs chercheurs ayant vécu l’insécurité alimentaire, la RAP génère des perspectives plus nuancées et riches en contexte et appuie l’élaboration de constatations fondées sur des expériences réelles. Elle favorise également une plus grande équité et une meilleure inclusion dans le processus de recherche, puisque les personnes les plus touchées par l’insécurité alimentaire contribuent à la façon dont cette réalité est comprise et traitée.
La recherche-action participative
La RAP est fondée sur la collaboration, la participation et l’action et vise non seulement à générer des connaissances, mais aussi à éclairer des changements significatifs (Fals-Borda, 1987). Cette approche met l’accent sur la participation de personnes ayant un vécu expérientiel, y compris des pairs chercheurs, pour s’assurer que les constatations reflètent les conditions et les priorités du monde réel. En centrant l’expérience vécue, la RAP peut produire des renseignements plus pertinents, inclusifs et exploitables pour éclairer les politiques et les pratiques futures. Cette méthode est donc particulièrement bien adaptée à la recherche sur l’insécurité alimentaire, un enjeu complexe et multidimensionnel façonné par de nombreux facteurs sociaux, économiques et structurels. Pour comprendre les répercussions de l’insécurité alimentaire, nous devons utiliser des approches qui peuvent saisir les réalités vécues ainsi que leur contexte. La RAP permet aux participants de contribuer à la façon dont les enjeux sont définis, explorés et interprétés, ce qui donne lieu à des constatations plus pertinentes et fondées.
À propos de l’équipe de recherche par les pairs
L’équipe de recherche par les pairs comprenait neuf pairs chercheurs et un pair assistant de recherche. Ils provenaient de l’Alberta, de la Colombie-Britannique, du Nunavut, de l’Ontario et de la Saskatchewan, et avaient des circonstances de vie, expériences et liens avec l’insécurité alimentaire divers. Ils appartenaient également à divers groupes d’âge, et cette combinaison de différences signifiait qu’ils apportaient un large éventail de points de vue à la recherche.
Des pairs chercheurs ont participé à tous les aspects du projet, y compris l’élaboration des questions de recherche, l’élaboration de guides d’entrevue, le recrutement de participants par l’entremise de leurs propres réseaux, la réalisation d’entrevues, la contribution à l’analyse des données et à la rédaction de notes de service, et le soutien aux activités de mobilisation et de diffusion des connaissances.
Des réunions virtuelles ont régulièrement eu lieu sur Zoom pour appuyer la collaboration, la réflexion et la rétroaction continue tout au long du projet. Ces réunions ont créé un espace pour la prise de décisions communes, l’interprétation collective des constatations et l’amélioration continue du processus de recherche.
Collecte, recrutement et analyse des données
Cette étude a mobilisé 101 participants provenant de sept provinces et territoires du Canada. Les données ont été recueillies dans le cadre d’un sondage communautaire auprès des 101 répondants, de 92 entrevues individuelles et de notes sur le terrain produites par des pairs chercheurs tout au long du processus de recherche.
Les participants ont été recrutés par l’entremise des réseaux de pairs chercheurs, de la sensibilisation communautaire et du bouche-à-oreille. Cette approche a permis de mobiliser des personnes ayant vécu l’insécurité alimentaire dans divers contextes géographiques et sociaux.
Les participants représentaient un éventail de facteurs démographiques, y compris l’âge, le sexe et la région habitée. Les données recueillies dans le cadre de l’enquête comprenaient des renseignements démographiques, des indicateurs de l’insécurité alimentaire et des facteurs socioéconomiques connexes.
Les données du sondage ont été analysées à l’aide de statistiques descriptives pour résumer les caractéristiques des participants. Les données d’entrevue, les notes sur le terrain et les notes de service ont été analysées selon une approche thématique. L’équipe de recherche a cerné des thèmes préliminaires et en a discuté avec les pairs chercheurs lors de réunions virtuelles régulières. Ces discussions ont permis de peaufiner les interprétations, en veillant à ce que les constatations soient fondées sur l’expérience vécue.
Caractéristiques des participants
Les participants se sont identifiés comme suit : femme (77 %), homme (20 %) et personne non binaire (2 %); 1 % ont préféré ne pas répondre. Les 35 à 44 ans représentaient la plus forte proportion de participants (28 %), suivis des 18 à 24 ans (22 %) et des 25 à 34 ans (24 %). Les autres participants étaient âgés de 45 à 54 ans (13 %), de 55 à 64 ans (9 %) ou de 65 ans et plus (3 %); 2 % ont préféré ne pas répondre.
Les participants étaient répartis dans sept provinces et territoires : Colombie-Britannique (34 %), Ontario (23 %), Saskatchewan (17 %), Nunavut (12 %), Alberta (11 %), Nouvelle-Écosse (2 %) et Yukon (2 %). Les participants se sont également identifiés à un éventail d’origines raciales et ethniques. Les participants se sont identifiés comme appartenant aux groupes suivants : Blancs (46 %), Autochtones (33 %), Noirs (7 %), Asiatiques du Sud (6 %), Moyen-Orientaux (6 %), Asiatiques du Sud-Est (1 %) et Hispaniques ou Latinos (1 %).
La forte proportion de participants autochtones souligne l’importance de tenir compte de l’insécurité alimentaire dans le contexte des inégalités sociales, économiques et géographiques continues.
En ce qui concerne la composition du ménage et la situation relationnelle, près de la moitié des participants (48 %) ont déclaré n’avoir aucun enfant vivant à la maison. Quarante-sept pour cent se sont identifiés comme adultes vivant seuls, 25 % comme conjoints de fait ou mariés, 19 % comme étant en couple et 7 % comme étant séparés ou divorcés, et 3 % ont préféré ne pas répondre.
La situation d’emploi variait d’un participant à l’autre, mais 35 % ont déclaré occuper un emploi à temps plein, 19 % occuper un emploi à temps partiel et 18 % être au chômage. Le reste du groupe s’est identifié comme étudiant (9 %), incapable de travailler (8 %), retraité (4 %), travailleur autonome (1 %) ou dans d’autres situations d’emploi (4 %); 2 % ont préféré ne pas répondre.
Les ménages étaient principalement des ménages à faible revenu dont la principale source de revenu était l’emploi (56 %). 5 % des répondants ont déclaré que le crédit ou les prêts étaient leur principale source de revenu, 23 % l’aide sociale, 8 % un revenu d’invalidité et 21 % l’Allocation canadienne pour enfants. 37 % ont déclaré que les revenus annuels de leur ménage étaient inférieurs à 24 999 $, et 19 % ont déclaré des revenus entre 25 000 $ et 34 999 $. Les autres participants ont déclaré des revenus de 35 000 $ à 44 999 $ (3 %), de 45 000 $ à 54 999 $ (5 %), de 55 000 $ à 64 999 $ (5 %) et de 65 000 $ ou plus (12 %). 20 % ont préféré ne pas divulguer leurs revenus.
Les participants représentaient un éventail diversifié de circonstances de vie et comprenaient des étudiants, des travailleurs à temps plein, des nouveaux arrivants au Canada, des personnes recevant une pension d’invalidité ou de l’aide sociale et des familles ayant plusieurs enfants. Tous vivaient, ou avaient vécu, de l’insécurité alimentaire, ce qui montre que cette réalité n’est pas limitée à une seule population. (Voir le tableau 1.)
Les participants ont également mentionné les principaux événements de la vie qui ont contribué à l’insécurité alimentaire ou qui l’ont intensifiée, y compris la maladie, la perte d’emploi, la rupture d’une relation, la migration et l’instabilité du logement (65 % des participants ont déclaré être locataires). Ces événements ont souvent entraîné des tensions financières soudaines et des difficultés à long terme pour répondre aux besoins de base.
Tableau 1. Caractéristiques démographiques des participants à l’étude (N = 101)
| Caractéristique démographique | Catégorie de réponse | Pourcentage de participants |
|---|---|---|
| Identité de genre | ||
| Femme | 77 % | |
| Homme | 20 % | |
| Personne non binaire | 2 % | |
| Je préfère ne pas répondre | 1 % | |
| Groupe d’âge | ||
| 18 à 24 ans | 22 % | |
| 25 à 34 ans | 24 % | |
| 35 à 44 ans | 28 % | |
| 45 à 54 ans | 13 % | |
| 55 à 64 ans | 9 % | |
| 65 ans et plus | 3 % | |
| Je préfère ne pas répondre | 2 % | |
| Origine ethnique | ||
| Blanc | 46 % | |
| Autochtone (Premières Nations, Métis, Inuit) | 33 % | |
| Noir | 7 % | |
| Asiatique du Sud | 6 % | |
| Moyen-oriental | 6 % | |
| Asiatique du Sud-Est | 1 % | |
| Hispanique/Latino | 1 % | |
| État matrimonial | ||
| Adulte vivant seul | 47 % | |
| Conjoint de fait ou marié | 25 % | |
| Dans une relation | 19 % | |
| Séparé ou divorcé | 7 % | |
| Je préfère ne pas répondre | 3 % | |
| Région | ||
| Colombie-Britannique | 34 % | |
| Ontario | 23 % | |
| Saskatchewan | 17 % | |
| Nunavut | 12 % | |
| Alberta | 11 % | |
| Nouvelle-Écosse | 2 % | |
| Yukon | 2 % | |
| Situation de logement | ||
| Locataire | 65 % | |
| Propriétaire | 12 % | |
| Je vis avec d’autres personnes et j’aide à payer le loyer ou l’hypothèque | 12 % | |
| Je vis avec d’autres personnes et je n’aide pas à payer le loyer ou l’hypothèque | 5 % | |
| Non logé ou logement temporaire/transitoire | 4 % | |
| Je vis avec ma famille ou mes amis | 2 % | |
| Revenu | ||
| 24 999 $ ou moins | 37 % | |
| 25 000 à 34 999 $ | 19 % | |
| 35 000 à 44 999 $ | 3 % | |
| 45 000 à 54 999 $ | 5 % | |
| 55 000 à 64 999 $ | 5 % | |
| 65 000 $ et plus | 12 % | |
| Je préfère ne pas répondre | 20 % | |
| Statut d’emploi | ||
| Employé à temps plein | 35 % | |
| Employé à temps partiel | 19 % | |
| Sans emploi | 18 % | |
| Aux études | 9 % | |
| Incapable de travailler | 8 % | |
| À la retraite | 4 % | |
| Travailleur autonome | 1 % | |
| Autre | 4 % | |
| Je préfère ne pas répondre | 2 % | |
Limites de l’étude
Comme il s’agissait d’une étude communautaire de RAP, les constatations visent à fournir un aperçu approfondi des expériences et des points de vue des participants en particulier et ne sont pas statistiquement généralisables à l’ensemble de la population canadienne. De plus, les participants ont été recrutés par l’entremise des réseaux de pairs chercheurs, de la sensibilisation communautaire et du bouche-à-oreille, de sorte que les constatations doivent être interprétées comme des comptes rendus contextuels de l’expérience vécue plutôt que comme des estimations représentatives. La force de l’approche de la RAP réside dans sa capacité à saisir les expériences, les répercussions et les points de vue nuancés qui peuvent ne pas être pleinement pris en compte dans les enquêtes menées au niveau de la population.
Conclusions
Les résultats sont répartis dans des domaines clés qui reflètent les expériences des participants en matière d’insécurité alimentaire, y compris les répercussions financières, physiques, émotionnelles et sociales. Les participants ont décrit la nature interconnectée et cumulative de l’insécurité alimentaire, en soulignant comment les tensions financières façonnent leurs décisions quotidiennes et contribuent à des répercussions plus vastes sur leur santé, leur bien-être et leur participation au travail, à l’éducation et à la vie communautaire. Les thèmes présentés ci-dessous s’appuient sur les données du sondage et des entrevues, et sont illustrés par des citations des participants.
Les résultats du sondage ont démontré la gravité de l’insécurité alimentaire vécue par les participants et ont mis en évidence la prévalence de l’insécurité alimentaire et ses répercussions dans plusieurs domaines de la vie. Les expériences des participants reflétaient des défis interreliés liés aux finances, à la santé, aux relations sociales et à la vie quotidienne, apportant ainsi un contexte important pour les thèmes qualitatifs explorés dans cette section. (Voir le tableau 2.)
Tableau 2. Expériences des participants en matière d’insécurité alimentaire
| Expérience de l’insécurité alimentaire | % des participants |
|---|---|
| La nourriture achetée était insuffisante, mais le participant ne pouvait pas s’en permettre davantage | 80 % |
| Le participant ne pouvait pas se permettre des repas équilibrés | 79 % |
| Le participant a mangé moins que ce qu’il estimait nécessaire en raison d’un manque d’argent | 67 % |
| Le participant a mangé des repas plus petits ou a sauté des repas en raison de contraintes financières | 66 % |
| Le participant avait faim, mais ne mangeait pas parce qu’il n’avait pas les moyens de se nourrir | 56 % |
Les répondants au sondage ont fréquemment révélé des indicateurs d’insécurité alimentaire et de difficultés financières. Bon nombre d’entre eux ont signalé des difficultés à accéder à des aliments nutritifs et suffisants, en plus de pressions financières plus vastes, ou ont mentionné s’endetter pour acheter de la nourriture et retarder ou éviter des soins médicaux ou des médicaments en raison de contraintes financières. (Voir le tableau 3.)
Tableau 3. Répercussions plus vastes de l’insécurité alimentaire
| % des participants | Répercussion vécue en |
|---|---|
| 73 % | Ont retardé ou évité des soins médicaux, ou n’avaient pas les moyens de se payer des médicaments |
| 72 % | Craignaient les conflits personnels liés à la nourriture |
| 69 % | Ont évité des rencontres sociales parce qu’ils n’étaient pas en mesure de payer les repas ou d’y contribuer |
| 69 % | Se sont endettés pour acheter de la nourriture |
| 68 % | Ont vécu une augmentation du stress, de la dépression ou de l’anxiété |
| 28 % | Ont estimé que 20 à 40 % de leur revenu mensuel est consacré à la nourriture |
Ensemble, ces constatations démontrent que l’insécurité alimentaire va au-delà de l’accès aux aliments. Les participants ont signalé des répercussions sur leur santé physique, leur bien-être mental, leurs relations, leur stabilité financière et leur participation sociale. Les constatations qualitatives qui suivent donnent un aperçu plus approfondi de la façon dont ces défis interreliés ont été vécus au quotidien et les effets cumulatifs qu’ils ont eus sur le bien-être général des participants.
Conclusions générales
Le revenu est insuffisant pour subvenir aux besoins essentiels
Les participants ont systématiquement déclaré que leur revenu est insuffisant pour subvenir à leurs besoins essentiels. Les coûts du logement et des aliments ont écoulé la majeure partie ou la totalité de leur revenu, ce qui laisse peu de place à d’autres besoins, comme les services publics, le transport et les soins de santé. De nombreux participants ont affirmé devoir faire des compromis entre le paiement du loyer, l’achat de nourriture et d’autres dépenses nécessaires.
« Le soutien du revenu ne suffit même pas à l’épicerie, et encore moins à quoi que ce soit d’autre. »
— Citation d’un participant
« Son loyer et ses services publics représentent 95 % de ses revenus. Elle doit sacrifier certains besoins de base pour répondre à d’autres. »
— Réflexion d’un pair chercheur
« Je ne pouvais pas tout payer et acheter de la nourriture aussi. J’ai choisi de payer mon loyer et de rester affamé. »
— Citation d’un participant
« C’était soit le loyer, soit les factures, soit la nourriture. »
— Citation d’un participant
Les participants ont également expliqué comment ils s’appuyaient sur le crédit, les emprunts ou d’autres formes d’adaptation financière. Bien que ces stratégies ont permis de répondre à des besoins immédiats, elles ont aussi contribué à des tensions financières à long terme, notamment l’accumulation de dettes, le crédit endommagé et la nécessité de vendre des actifs personnels ou de retarder des paiements essentiels.
L’achat de nourriture a toujours été signalé comme moins prioritaire que le paiement du loyer, des services publics et d’autres dépenses essentielles. Les participants avaient donc un apport alimentaire réduit ou comptaient sur des options alimentaires moins coûteuses. Les options de transport et les coûts de déplacement limitaient davantage l’accès à la nourriture, puisque certains participants n’avaient pas les moyens de se rendre à l’épicerie ou aux services essentiels.
Les difficultés financières ont également eu des répercussions plus vastes et à plus long terme : les participants ont décrit des occasions sociales et des expériences de vie manquées en raison de ressources limitées. De plus, ils ont noté que les difficultés financières ont nui à leur quotidien : leur niveau d’énergie, ainsi que leur concentration et leur productivité au travail et à l’école ont été affectés par la faim.
Dans l’ensemble, l’insécurité alimentaire était étroitement liée à des problèmes plus vastes, dont l’instabilité du revenu et l’augmentation du coût de la vie, aggravant ainsi les défis auxquels les participants ont dû faire face pour subvenir à leurs besoins essentiels.
L’insécurité alimentaire a un impact physique
De nombreux participants ont décrit des répercussions importantes et continues sur la santé physique associées à l’insécurité alimentaire, comme l’épuisement persistant, la faible énergie, la faiblesse, les étourdissements, la douleur liée à la faim et la difficulté à se concentrer. Ces symptômes étaient souvent liés à une consommation alimentaire inadéquate, à des repas sautés et à un accès limité à des aliments nutritifs. Certains participants ont dit ressentir ces symptômes au quotidien.
« Des fois, j’avais si mal… Je n’arrivais pas à m’endormir à cause des crampes de faim. »
— Citation d’un participant
« Je me sentais tellement faible si je ne mangeais pas. »
— Citation d’un participant
Les participants ont souligné que les effets physiques de l’insécurité alimentaire étaient persistants et cumulatifs. Ils ont souligné que le manque d’énergie et la fatigue continue rendaient difficile l’exécution des tâches quotidiennes, le maintien d’une routine et la participation au travail ou à l’école, et que la faim et une mauvaise alimentation contribuaient à une diminution des capacités physiques et à une santé généralement plus fragile. De plus, les participants ont affirmé avoir du mal à accéder à des aliments nutritifs et devoir souvent compter sur des options moins coûteuses et moins saines, ce qui a contribué à des problèmes comme les changements de poids, les carences nutritives et l’aggravation des problèmes de santé.
« Je prends du poids en mangeant des produits pas chers comme des hot-dogs et des plats frits plutôt que des aliments sains et équilibrés. »
— Citation d’un participant
« Le pire a été les problèmes de santé […], le fait de ne pas pouvoir acheter les aliments qui ne me font pas mal, comme les fruits frais et les légumes […] les aliments transformés me font mal, mais je dois en manger. »
— Citation d’un participant
Le coût élevé des aliments nutritifs et culturellement adaptés a façonné les choix alimentaires de nombreux participants, qui ont souligné que les contraintes financières les ont souvent amenés à dépendre d’options moins nutritives qui ne reflétaient pas pleinement leurs préférences ou leurs besoins culturels.
« L’accès à des produits sains comme les fruits et les légumes coûte plus cher… la plupart des gens choisissent de consommer des aliments transformés à faible valeur nutritive. »
— Citation d’un participant
De plus, les participants ont décrit comment l’insécurité alimentaire recoupait d’autres besoins liés à la santé. Bon nombre d’entre eux ont décrit avoir fait des compromis entre la nourriture, les médicaments et d’autres dépenses essentielles, et ont souvent affirmé devoir retarder des soins médicaux ou y renoncer, ce qui rendait difficile la prise en charge de problèmes de santé chroniques ou aigus. Ces pressions ont intensifié les répercussions physiques de l’insécurité alimentaire.
Les participants ont également décrit des compromis difficiles entre la nourriture, les médicaments et d’autres besoins essentiels. Certains ont dû prendre des décisions qui ont eu une incidence directe sur leur santé et leur accès aux soins.
« Je devais choisir entre mon insuline et manger… c’était soit mon insuline soit la nourriture. »
— Citation d’un participant
« J’ai souvent dû choisir entre la nourriture et les soins médicaux. »
— Citation d’un participant
« J’ai dû choisir entre les médicaments et les services publics. »
— Citation d’un participant
« J’ai annulé mon rendez-vous de dépistage du cancer parce que nous n’avions pas assez de carburant pour y aller et revenir. »
— Citation d’un participant
Dans l’ensemble, les constatations soulignent l’incidence directe de l’insécurité alimentaire sur le bien-être physique au-delà de la faim immédiate, avec des conséquences qui influent sur le fonctionnement quotidien, la gestion de la santé et la qualité de vie. L’insécurité alimentaire est non seulement un problème nutritionnel, mais aussi un obstacle au maintien d’un bon fonctionnement physique et à la gestion de la santé.
L’insécurité alimentaire a des répercussions sur les émotions et la santé mentale
Les participants ont décrit d’importantes répercussions émotionnelles et mentales associées à l’insécurité alimentaire. Le stress chronique et l’anxiété étaient courants et étaient souvent liés aux tensions financières continues et à l’incertitude quant à la satisfaction des besoins de base. De nombreux participants ont indiqué qu’ils se sentaient dépassés par la pression constante de gérer des ressources limitées et de faire des compromis quotidiens difficiles.
« C’est lourd sur la santé mentale. […] J’ai souffert de dépression et d’anxiété à cause de ça. »
— Citation d’un participant
« C’est une véritable perte d’espoir. »
— Citation d’un participant
« Je me sens tellement épuisé… je dois me battre pour survivre. »
— Citation d’un participant
« L’insécurité alimentaire crée une tension émotionnelle, de l’embarras, de l’anxiété à l’idée de manquer de nourriture et un sentiment de culpabilité qui ont façonné sa santé mentale. »
— Réflexion d’un pair chercheur
Les participants ont affirmé ressentir de la honte et de la stigmatisation, particulièrement lorsqu’ils demandent de l’aide ou ont recours à des soutiens comme les banques alimentaires. Ces réactions émotionnelles étaient souvent aggravées par des perceptions sociétales et des croyances intériorisées sur l’autosuffisance et la réussite.
La nature continue de l’insécurité alimentaire a contribué au sentiment d’être coincé et d’avoir peu d’occasions d’améliorer leur situation. Les participants ont parlé d’épuisement émotionnel et d’un sentiment croissant de désespoir. Cette charge émotionnelle recoupait souvent des problèmes de santé physique et nuisait à la capacité des participants à faire face aux exigences de la vie quotidienne.
Dans l’ensemble, ces constatations soulignent les répercussions psychologiques importantes de l’insécurité alimentaire et montrent comment le bien-être émotionnel est étroitement lié aux tensions financières, aux conditions sociales et à l’accès aux ressources.
L’insécurité alimentaire a une incidence à l’école et au travail
Les participants ont décrit l’incidence directe de l’insécurité alimentaire sur leur capacité de s’investir dans le travail et les études. Par exemple, le manque d’énergie, la fatigue persistante et la difficulté à se concentrer étaient souvent signalés et étaient souvent liés à un apport alimentaire inadéquat et à un stress continu. Ces défis faisaient en sorte qu’il était difficile de rester concentré, d’accomplir les tâches et d’exécuter efficacement les tâches en milieu universitaire et en milieu de travail. Certains ont souligné que l’insécurité alimentaire avait une incidence sur leur présence au travail ou à l’école; d’autres ont dit qu’elle limitait leur capacité à suivre une formation, à poursuivre des études ou à faire avancer leur carrière.
« Il y a des jours où j’allais à l’école sans déjeuner ou en ayant à peine mangé. »
— Citation d’un participant
« L’insécurité alimentaire a une incidence sur la concentration, la productivité et le rendement professionnel et scolaire. »
— Réflexion d’un pair chercheur
L’insécurité alimentaire a également façonné la capacité des participants à participer à l’école, au travail et à la vie communautaire. Les ressources financières limitées et le stress continu ont affecté leur participation aux activités parascolaires, aux événements en milieu de travail et aux rencontres sociales liées à l’école et au travail. Certains participants ont décrit avoir évité des situations où des contributions alimentaires ou financières étaient attendues, et d’autres se sont complètement retirés des activités sociales. Un participant a mentionné : « Je ne sors que si c’est vraiment nécessaire », et un autre a expliqué : « Je n’ai pas pu inviter des amis… Lorsque vous n’êtes pas en mesure de vous nourrir vous-même, comment pouvez-vous inviter d’autres personnes chez vous? »
Les effets de l’insécurité alimentaire ont souvent été décrits comme cumulatifs, les pressions continues rendant difficile l’atteinte d’une stabilité financière au fil du temps. Ainsi, l’insécurité alimentaire a non seulement des répercussions immédiates, mais aussi des effets à long terme.
Dans l’ensemble, ces constatations soulignent comment l’insécurité alimentaire peut limiter la mobilité économique et la stabilité à long terme en réduisant la participation au travail, à l’école et aux activités sociales connexes.
L’insécurité alimentaire a des répercussions importantes
Les participants ont décrit les répercussions économiques de l’insécurité alimentaire à l’échelle individuelle et sociétale, soulignant que même les personnes qui occupent un emploi peuvent éprouver des difficultés financières. Beaucoup ont souligné un décalage entre l’effort et les résultats, soulignant que même s’ils travaillaient ou essayaient activement d’améliorer leur situation, ils sont demeurés incapables d’atteindre la sécurité alimentaire. Les participants ont également souligné des répercussions plus vastes, notamment une réduction de la productivité de la main-d’œuvre et une pression accrue sur les systèmes publics comme les soins de santé.
« Ça a un impact même au travail. J’ai dû travailler en ayant faim […] et nettoyer d’un immeuble de trois étages en ayant faim parce que je ne pouvais pas me permettre de manger. »
— Citation d’un participant
« Nous ne gagnons pas assez d’argent pour nous permettre de la nourriture et d’autres choses dont un humain a besoin. »
— Citation d’un participant
La hausse des coûts, y compris le logement, le transport et les frais de subsistance de base, a souvent été considérée comme un facteur clé de l’accès limité à la nourriture.
« Les prix sont très chers […] ce qui laisse beaucoup de gens sans assez d’argent pour la nourriture après les factures, le loyer, l’essence, l’autobus, etc. »
— Citation d’un participant
« Une grande majorité des Canadiens n’ont pas les moyens de vivre, et encore moins de payer pour de la nourriture alors que tous les prix augmentent. »
— Citation d’un participant
Les participants ont également souligné des effets structurels et économiques plus vastes, y compris des répercussions sur la productivité et une pression accrue sur les systèmes publics.
« Il y a une pression accrue sur le système de santé et une réduction de la productivité dans les écoles et les milieux de travail. »
— Citation d’un participant
« Les répercussions de l’augmentation des coûts des services de santé, de la perte de productivité, de la criminalité et de l’inabordabilité du logement. »
— Citation d’un participant
Dans l’ensemble, ces constatations soulignent que l’insécurité alimentaire est profondément ancrée dans l’instabilité financière plus vaste et qu’elle est perçue par les participants comme ayant des répercussions économiques et sociétales plus vastes, y compris une réduction de la productivité et une demande accrue sur les systèmes publics.
Les répercussions sociales de l’insécurité alimentaire
Les participants ont décrit l’incidence de l’insécurité alimentaire sur leurs relations, leur participation sociale et leur sentiment d’appartenance. Les tensions financières et l’incertitude continues ont contribué à l’isolement et à la réduction de la participation aux activités communautaires et sociales.
« On a besoin d’un sentiment d’appartenance, mais la communauté nous isole. »
— Citation d’un participant
« Je ne sors que s’il le faut. » — Citation d’un participant
« Je ne veux pas inviter des gens chez moi parce que je n’ai rien à leur offrir. »
— Citation d’un participant
Certains participants ont mentionné qu’ils évitaient des rencontres sociales en raison d’un manque de ressources. Par exemple, ils se sentaient incapables d’accueillir d’autres personnes, de participer à des repas partagés ou de participer à des activités qui nécessitaient de l’argent. Ces expériences ont contribué à un sentiment d’isolement et de déconnexion des amis, de la famille et de la communauté.
L’insécurité alimentaire a également une incidence sur les relations familiales. Le stress lié à la gestion des ressources limitées pour subvenir aux besoins essentiels a mis à rude épreuve les ménages, en particulier ceux qui ont des personnes à charge.
Ces constatations soulignent comment l’insécurité alimentaire peut limiter la participation sociale et contribuer à l’exclusion sociale, renforcer les inégalités plus larges et influer sur les liens communautaires et le bien-être général.
Résilience et adaptation : survivre sans s’épanouir
Malgré des défis importants, les participants ont décrit une gamme de stratégies pour faire face à l’insécurité alimentaire. Ils ont notamment dit rationner les aliments, prioriser les dépenses essentielles, se priver de nourriture et compter sur des soutiens communautaires comme les banques alimentaires, la famille et les réseaux sociaux.
« On n’a d’autre choix que de continuer. »
— Citation d’un participant
« Nous avons la chance d’avoir une banque alimentaire, sinon nous n’y arriverions pas. »
— Citation d’un participant
« On est juste en mode survie. […] Tout est à recommencer demain. »
— Citation d’un participant
Les participants ont souligné que de telles stratégies étaient souvent nécessaires à la survie quotidienne, mais qu’elles ne s’attaquaient pas aux causes sous-jacentes de l’insécurité alimentaire. Beaucoup ont décrit vivre dans un état constant de gestion et d’adaptation, plutôt que d’être en mesure d’atteindre la stabilité ou un véritable bien-être à long terme.
Dans bien des cas, les stratégies d’adaptation des participants comportaient des sacrifices personnels. Certains ont affirmé limiter leur consommation de nourriture pour que d’autres, en particulier des enfants, puissent manger. Un participant a fait remarquer : « Souvent, je me contente de nourrir ma petite-fille et je mange qu’une fois par jour », et un autre a dit « rester affamé pour s’assurer que les enfants puissent manger ».
Bien que certains participants aient parlé d’espoir et de tentatives de rester positifs, la nature continue de leur situation rendait difficile l’optimisme. Les participants ont eu recours à des systèmes de soutien externes, y compris des banques alimentaires, des membres de leur famille, des amis et des réseaux communautaires, pour répondre à leurs besoins immédiats. Bien que ces soutiens aient été essentiels, ils n’ont pas toujours été suffisants pour réduire le stress ou créer une stabilité durable.
Les participants ont également indiqué qu’ils se sentaient devenir plus débrouillards et qu’ils acquéraient de nouvelles compétences pour faire face à l’insécurité alimentaire, notamment la budgétisation, la planification des repas, la cuisine, la préservation des aliments, la culture des aliments et l’approvisionnement alimentaire par d’autres moyens. Une participante a souligné qu’elle était « vraiment fière » des compétences qu’elle avait acquises, notamment le jardinage, la planification, l’alimentation saisonnière, les substitutions culinaires, la budgétisation et les méthodes de conservation. Malgré leurs propres difficultés, certains participants ont exprimé le désir d’aider d’autres personnes dans des situations semblables. Un autre participant a décrit qu’il était devenu plus conscient dans son approche de l’alimentation, expliquant qu’il avait « changé la façon dont [il] considérait la nourriture […] réduit le gaspillage […] et [ferait] peut-être un don alimentaire comme d’autres l’ont fait pour [lui] ».
Dans l’ensemble, ces constatations soulignent à la fois la résilience des participants et les limites des stratégies d’adaptation dans le contexte d’insécurité alimentaire persistante, ce qui renforce la nécessité de solutions systémiques et à long terme.
Nourriture, dignité et communauté
Les participants ont souligné que la nourriture est non seulement un besoin de base, mais aussi une source de liens, de dignité et d’appartenance à une communauté. L’insécurité alimentaire a souvent été décrite comme allant au-delà de la faim physique, soulignant l’importance sociale et émotionnelle des aliments dans la vie quotidienne.
Les réflexions des participants suggèrent également qu’un accès aux aliments ne consiste pas seulement à manger suffisamment, mais aussi à pouvoir manger d’une manière qui favorise la dignité, la culture, l’identité et les liens communautaires.
Les participants ont décrit comment l’insécurité alimentaire peut miner la dignité, particulièrement lorsque les personnes se sentent jugées ou stigmatisées parce qu’elles ont besoin de soutien, et beaucoup ont souligné l’importance de la compassion, de la compréhension et des réponses communautaires.
Ils ont également demandé une plus grande sensibilisation à l’insécurité alimentaire et une plus grande mobilisation des personnes qui ne la vivent pas. Les participants ont souligné la valeur de l’engagement communautaire, y compris le bénévolat et les efforts pour mieux comprendre les réalités de l’insécurité alimentaire.
Ensemble, ces citations montrent que les participants comprenaient l’insécurité alimentaire non seulement comme un manque de nourriture, mais comme une expérience façonnée par les pressions liées à l’abordabilité, la stigmatisation, le besoin de compassion lorsqu’ils demandent de l’aide et l’importance de la participation communautaire pour réduire le jugement et renforcer les liens.
« La nourriture est ce qui permet de souder une communauté. »
— Citation d’un participant
« La nourriture n’est pas un luxe, mais elle semble en devenir un. »
— Citation d’un participant
« Ne soyez pas gêné et n’ayez pas peur de demander de l’aide. »
— Citation d’un participant
« Ne jugez pas les personnes qui éprouvent des difficultés. »
— Citation d’un participant
« Je veux juste que les gens… viennent se porter volontaires et comprennent. »
— Citation d’un participant
Dans l’ensemble, ces réflexions soulignent l’importance de lutter contre l’insécurité alimentaire de manière à promouvoir la dignité, à réduire la stigmatisation et à renforcer les liens communautaires, en plus d’améliorer l’accès à des aliments adéquats et abordables.
Les effets durables de l’insécurité alimentaire
Les participants ont décrit l’insécurité alimentaire comme une expérience qui s’est étendue bien au-delà de la faim immédiate, soulignant qu’elle a façonné leur identité, leurs comportements, leurs relations et leurs perspectives au fil du temps. Beaucoup ont parlé d’un sentiment persistant de rareté, caractérisé par une inquiétude constante, une planification tournée vers l’avenir et l’anxiété liée à l’accès aux aliments. Même lorsque leur situation s’est améliorée et que l’insécurité alimentaire est devenue moins immédiate, ces préoccupations sont souvent demeurées. Un participant a décrit l’expérience comme une « cicatrice mentale » qui a continué d’influencer sa prise de décisions, et ce, même après que sa situation alimentaire se soit améliorée.
L’insécurité alimentaire a également refaçonné les relations des participants avec la nourriture. Certains participants ont expliqué que la nourriture n’était plus une source de plaisir, mais une simple nécessité pour survivre.
« Je n’aime pas la nourriture comme avant. »
— Citation d’un participant
Les expériences d’insécurité alimentaire ont également eu une incidence sur les liens sociaux et l’identité des participants. Certains ont raconté qu’ils se sont isolés, souvent en raison de la honte, du manque de ressources ou de la peur du jugement.
« [L’insécurité alimentaire] a fait de moi une personne introvertie. Ça m’a fait ne pas aimer être avec les gens. »
— Citation d’un participant
« J’essaie de les éviter [les membres de la famille et les amis] la plupart du temps. »
— Citation d’un participant
Les participants ont également décrit les répercussions sur la confiance, l’appartenance et les relations avec les institutions et la communauté. Pour certains, la confiance a été minée par des expériences répétées de besoins non satisfaits, l’incertitude quant à la disponibilité d’un soutien et le sentiment d’être jugés ou de ne pas être soutenus lorsqu’ils ont demandé de l’aide. Ces expériences ont fait en sorte qu’il était plus difficile de compter sur des organisations, des systèmes ou d’autres personnes, même lorsque les besoins étaient urgents.
« Je ne fais pas confiance aux gens. Je ne fais pas confiance aux institutions. »
— Citation d’un participant
Toutefois, certains ont fait état d’une empathie accrue et d’un plus grand sens des responsabilités envers d’autres qui font face à des défis semblables.
L’insécurité alimentaire a influencé les priorités, la prise de décisions et la planification des participants tout au long de leur vie. Les participants ont décrit le report de décisions importantes, y compris avoir des enfants, en raison de l’instabilité financière.
« Je veux vraiment attendre d’être stable financièrement avant d’avoir des enfants. »
— Citation d’un participant
Dans l’ensemble, ces constatations mettent en lumière la façon dont l’insécurité alimentaire se manifeste comme une expérience durable et cumulative qui façonne la façon dont les personnes pensent, se sentent, établissent des liens avec les autres et planifient l’avenir. Ces constatations indiquent une tendance plus large de répercussions financières, physiques et émotionnelles qui sont interreliées et se renforcent mutuellement et s’aggravent au fil du temps.
L’insécurité alimentaire est un cercle vicieux
Les expériences des participants reflétaient un modèle cyclique de tensions financières, d’accès limité à la nourriture et de répercussions sur la santé physique et mentale qui se renforcent les uns les autres au fil du temps. Loin d’être des défis isolés, ces facteurs contribuent à créer des obstacles continus à la stabilité et au bien-être.
Les contraintes financières limitent l’accès à des aliments adéquats et nutritifs, ce qui nuit à la santé physique (fatigue, faible énergie, difficulté à gérer les problèmes de santé existants, etc.). Les répercussions sur la santé affectent souvent la capacité des participants à travailler, à étudier et à s’acquitter de leurs responsabilités quotidiennes, ce qui limite leur production de revenus et renforce leur instabilité financière. Le stress émotionnel, l’anxiété et l’isolement social ont intensifié ces défis, ce qui a rendu plus difficile la gestion des demandes quotidiennes ou la recherche de possibilités d’amélioration.
Ces effets interreliés forment un cycle difficile à briser. Même lorsque les circonstances se sont temporairement améliorées, les participants ont décrit des répercussions persistantes qui ont continué de façonner négativement leur prise de décisions, leurs comportements et leur accès aux ressources au fil du temps. Ce cycle a contribué aux défis continus liés au maintien de la stabilité, à la participation au travail et à l’éducation et à l’amélioration du bien-être général. (Voir la figure 1, qui présente un cycle conceptuel de l’insécurité alimentaire fondé sur les expériences des participants.)
Ces constatations soulignent que l’insécurité alimentaire ne peut être traitée efficacement au moyen de réponses isolées ou à court terme. Ils soulignent plutôt la nécessité d’adopter des approches coordonnées, structurelles et préventives qui tiennent compte des facteurs interreliés qui soutiennent ce cycle.

Figure 1. Relation cyclique entre les tensions financières, l’accès aux aliments, les répercussions sur la santé et la participation au travail et à l’école.
Ensemble, les résultats démontrent que l’insécurité alimentaire ne se limite pas à l’accès aux aliments. Les participants ont décrit les répercussions liées aux finances, à la santé physique et émotionnelle, aux relations sociales, et à l’éducation. Ces répercussions étaient souvent cumulatives et se renforçaient mutuellement, ce qui a contribué aux défis continus du maintien de la santé, de la stabilité et de la participation à la vie quotidienne. Les constatations suggèrent également que l’insécurité alimentaire touche non seulement les personnes et les ménages, mais qu’elle a également des répercussions plus vastes sur les communautés, les milieux de travail et les systèmes de soins de santé et de soutien social. Le tableau 4 résume les répercussions de l’insécurité alimentaire relevées par les participants tout au long de l’étude.
Tableau 4. Résumé des répercussions de l’insécurité alimentaire relevées par les participants
| Domaine | Exemples de répercussions relevées par les participants |
|---|---|
| Financier | Dettes, factures impayées ou en retard, instabilité du logement |
| Santé physique | Faim, fatigue, soins médicaux retardés |
| Santé mentale | Stress, anxiété, désespoir |
| Éducation et travail | Réduction de la concentration ou de la productivité |
| Social | Isolement, réduction de la participation, stigmatisation |
| Système | Pression sur les soins de santé, productivité réduite |
Explorer les thèmes émergents de l’étude à partir des données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes
Les thèmes générés par les études de RAP peuvent aider à orienter l’analyse de grands ensembles de données à l’échelle de la population. Dans le cadre de cette étude, par exemple, bon nombre des thèmes et des points de vue tirés de la recherche menée par les pairs ont éclairé la sélection des variables dans les fichiers de microdonnées à grande diffusion de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC). L’ESCC est une enquête à grande échelle menée par Statistique Canada auprès de la population canadienne et comprend des indicateurs qui évaluent l’état de santé, les niveaux d’insécurité alimentaire et le bien-être général. Une analyse des corrélations entre l’insécurité alimentaire et certaines variables de l’ESCC permet de déterminer si les principales constatations de l’étude de RAP se reflètent dans les expériences de la population générale.
Lorsque divers indicateurs du bien-être sont recoupés avec le statut d’insécurité alimentaire des ménages, les résultats de notre analyse de l’ESCC concordent avec les résultats de l’étude de RAP. Ils montrent que les personnes qui vivent de l’insécurité alimentaire sont beaucoup plus susceptibles d’évaluer leur santé globale et mentale comme étant passable ou mauvaise, de percevoir leur niveau de stress comme étant assez stressant ou extrêmement stressant, et d’avoir un sentiment d’appartenance à leur communauté locale quelque peu faible ou très faible. (Voir la figure 2.)
Figure 2. Principaux indicateurs de l’ESCC (personnes en situation de sécurité et d’insécurité alimentaire)
En situation de sécurité alimentaire
En situation d'insécurité alimentaire
Source : Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes : Fichier de microdonnées à grande diffusion, 2022.
Lorsque les participants ont décrit les répercussions de l’insécurité alimentaire, beaucoup ont parlé non seulement de problèmes de santé, mais aussi de l’incidence de l’insécurité alimentaire sur les relations sociales et la vie communautaire.
« L’insécurité alimentaire a fracturé les familles et sa communauté. »
— Réflexion d’un pair chercheur
De nombreuses études universitaires ont exploré l’incidence de l’insécurité alimentaire sur la santé mentale et physique, mais relativement peu d’études canadiennes se sont penchées sur l’incidence de l’insécurité alimentaire sur les relations interpersonnelles, la confiance en soi et la communauté.
« L’insécurité alimentaire a eu une incidence importante sur ses relations sociales, parce qu’elle pense qu’il s’agit d’un échec personnel. […] Elle a eu du mal à participer à de nombreux événements communautaires parce qu’elle ne peut pas toujours se permettre le transport ou la nourriture. »
— Réflexion d’un pair chercheur
En plus de renforcer la relation bien établie entre l’insécurité alimentaire et une mauvaise santé physique et mentale, les données de l’ESCC appuient également les thèmes cernés dans le cadre de la recherche participative, soulignant l’association entre l’insécurité alimentaire, l’isolement social, les relations interpersonnelles tendues et l’affaiblissement des liens communautaires.
L’analyse des données de l’ESCC montre que les personnes vivant dans des ménages en situation d’insécurité alimentaire sont plus susceptibles d’être insatisfaites d’elles-mêmes, de leurs relations avec leur famille ou leurs amis, de leurs loisirs ou de leur quartier. (Voir la figure 3.)
Figure 3. Degré de satisfaction à l’égard de divers indicateurs (personnes en situation de sécurité et d’insécurité alimentaire).
En situation de sécurité alimentaire
En situation d'insécurité alimentaire
Source : Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes : Fichier de microdonnées à grande diffusion, 2022.
« L’insécurité alimentaire lui a causé du stress à la maison; elle s’irrite et se dispute lorsqu’elle communique avec sa mère. »
— Réflexion d’un pair chercheur
« L’insécurité alimentaire a affecté sa santé et ses relations. Cela a nui à son sommeil et il se fâche facilement, ce qui lui a fait perdre certains de ses amis. Il se sent affaibli au travail et à l’école, ce qui a nui aussi à ses résultats scolaires. »
— Réflexion d’un pair chercheur
De plus, l’analyse des données de l’ESCC montre que les personnes en situation d’insécurité alimentaire sont moins susceptibles d’avoir un sentiment de sécurité émotionnelle ou de bien-être, d’avoir quelqu’un avec qui elles peuvent discuter de décisions importantes, de sentir que leurs compétences ou aptitudes sont reconnues, de faire partie d’un groupe qui partage des attitudes et des croyances ou d’avoir des personnes sur lesquelles elles peuvent compter en cas d’urgence. (Voir la figure 4.)
Figure 4. Perceptions des relations et des réseaux (personnes en situation de sécurité et d’insécurité alimentaire).
En situation de sécurité alimentaire
En situation d'insécurité alimentaire
Source : Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes : Fichier de microdonnées à grande diffusion, 2022.
Dans l’ensemble, les résultats de l’étude de RAP et de notre analyse de l’ESCC suggèrent que l’insécurité alimentaire ne devrait pas être traitée uniquement comme un problème d’insuffisance alimentaire. Elle regroupe un large éventail de défis qui touchent la santé, les relations sociales et l’appartenance à la communauté. L’insécurité alimentaire est étroitement liée à une mauvaise santé mentale, à un stress accru, à une diminution de la satisfaction à l’égard de multiples aspects de la vie et à des liens sociaux et communautaires plus faibles. Ces résultats combinés soulignent les conséquences profondes de l’insécurité alimentaire et suggèrent que les efforts visant à réduire l’insécurité alimentaire ont le potentiel d’améliorer non seulement le bien-être nutritionnel, mais aussi le bien-être social et émotionnel des personnes, des familles et des communautés.
Recommendations
Les constatations de l’étude de RAP et notre analyse de l’ESCC indiquent la nécessité d’adopter des approches structurelles et préventives qui s’attaquent aux causes profondes de l’insécurité alimentaire, plutôt que des solutions à court terme. Bien que les soutiens alimentaires d’urgence demeurent une importante source d’aide pour de nombreuses personnes et familles, l’expérience des participants démontre que ces soutiens sont insuffisants en soi pour atténuer les facteurs sous-jacents et les répercussions à long terme de l’insécurité alimentaire. La lutte contre l’insécurité alimentaire exige des politiques, des systèmes et des interventions communautaires complémentaires qui améliorent la sécurité du revenu et réduisent les obstacles à la satisfaction des besoins de base.
Les expériences des participants révèlent une tendance cyclique dans laquelle les tensions financières, l’accès limité aux aliments et les répercussions sur la santé se renforcent au fil du temps. Pour briser ce cycle, il faut des efforts coordonnés qui priorisent la sécurité du revenu, réduisent la stigmatisation et appuient des solutions à long terme éclairées par la communauté.
Nos recommandations
Les recommandations ci-dessous sont fondées sur les expériences et les points de vue exprimés par les participants tout au long de cette étude de RAP. Elles reflètent les principaux thèmes qui sont ressortis des récits des participants, y compris les tensions financières, le coût élevé de la vie, les répercussions sur la santé, la stigmatisation, l’isolement social et la nécessité d’un accompagnement plus stable et plus digne. Ensemble, ces recommandations apportent des éléments de réflexion pour l’élaboration de politiques et la mise en œuvre de pratiques, et éclairent des discussions plus larges sur la lutte contre l’insécurité alimentaire.
Les expériences des participants démontrent que l’insécurité alimentaire n’est pas seulement une question d’accès aux aliments. Il s’agit également des conditions qui façonnent la capacité des gens à répondre à leurs besoins de base. De nombreux participants ont mentionné qu’ils devaient choisir entre la nourriture, le loyer, les services publics, le transport, les médicaments et d’autres besoins essentiels. D’autres ont décrit les séquelles émotionnelles de la honte, de l’isolement et de l’incertitude constante. Ces constatations soulignent la nécessité d’interventions coordonnées, structurelles et préventives qui tiennent compte des circonstances qui contribuent à l’insécurité alimentaire.
S’attaquer aux facteurs structurels et financiers de l’insécurité alimentaire
Les participants ont systématiquement décrit l’insécurité alimentaire comme découlant de ressources financières insuffisantes dans le contexte de la hausse des coûts du logement, des aliments, des transports, des soins de santé et de la subsistance. Beaucoup ont expliqué devoir choisir entre se nourrir et subvenir à d’autres besoins essentiels, même lorsqu’ils travaillaient ou allaient à l’école.
Ces constatations suggèrent que pour lutter contre l’insécurité alimentaire, nous devons renforcer la sécurité du revenu tout en nous attaquant aux pressions plus larges sur l’abordabilité qui limitent la capacité des gens de répondre à leurs besoins essentiels.
Lutter contre l’insécurité alimentaire grâce à des services coordonnés de santé, de logement et de soutien social
Les participants ont décrit l’insécurité alimentaire comme étant cyclique et cumulative. Les difficultés financières ont limité l’accès des participants à une alimentation adéquate, ce qui a contribué à des problèmes de santé physique et mentale, à une réduction de l’énergie, à des difficultés de concentration, à un retrait social et à une réduction de la participation au travail, à l’école et à la vie communautaire.
Les réponses stratégiques doivent éviter de traiter l’insécurité alimentaire comme un problème isolé. Elles doivent adresser ses liens avec le logement, la santé, le revenu, l’emploi, l’éducation, le transport et le bien-être social.
Réduire les obstacles à une alimentation nutritive et culturellement appropriée
Les participants ont souvent mentionné qu’ils comptaient sur des aliments moins chers et moins nutritifs parce que les options plus saines étaient inabordables. Certains ont établi un lien entre ces compromis et l’aggravation de la santé, la difficulté à gérer des problèmes de santé chroniques et une baisse de la qualité de vie.
L’amélioration de la sécurité alimentaire consiste donc à mettre l’accent non seulement sur la disponibilité des aliments, mais aussi sur la question de savoir si les aliments nutritifs et culturellement appropriés sont abordables et accessibles.
Prioriser les soutiens préventifs qui favorisent la stabilité à long terme
Plusieurs participants ont raconté vivre en mode survie, gérer les crises quotidiennes et être incapables de planifier leur avenir. Beaucoup ont parlé des effets cumulatifs de l’insécurité alimentaire sur la santé, l’éducation, la vie familiale, l’emploi et le bien-être général.
Ces expériences soulignent l’importance d’approches préventives et à long terme qui réduisent le risque que des personnes entrent ou demeurent en situation d’insécurité alimentaire. Ces approches comprendraient des mesures de soutien pour les enfants, les familles, les personnes handicapées, les travailleurs occupant un emploi à faible salaire ou instable et d’autres personnes aux prises avec des difficultés financières persistantes.
Réduire la stigmatisation et améliorer l’accès aux soutiens
Les participants ont souvent décrit la honte, l’embarras et la peur du jugement lorsqu’ils demandaient de l’aide. Ces expériences ont contribué à l’isolement et à la réduction des liens communautaires des participants, alors qu’ils faisaient déjà face à des difficultés.
Les programmes et les politiques doivent être conçus de manière à promouvoir la dignité, la protection des renseignements personnels, l’accessibilité et le respect. Les soutiens doivent reconnaître l’alimentation comme un besoin de base plutôt que de considérer l’insécurité alimentaire comme un échec individuel.
Soutenir des solutions communautaires et axées sur le vécu
Les participants ont souligné l’importance de l’appartenance à la communauté, de la dignité et d’être compris par des personnes qui reconnaissent les réalités de l’insécurité alimentaire. L’approche de RAP utilisée dans cette étude a démontré l’importance de faire participer des personnes ayant un vécu expérientiel à l’élaboration de la recherche, à l’interprétation des résultats et à la détermination des priorités en matière de changement.
Les réponses aux politiques et aux programmes doivent continuer de faire participer des personnes ayant un vécu expérientiel et d’appuyer des approches communautaires qui tiennent compte des réalités locales, y compris celles des communautés rurales, nordiques, éloignées, autochtones et culturellement diversifiées.
Possibilités stratégiques conformes aux constatations et aux efforts de défense des intérêts de Banques alimentaires Canada
Les conclusions de cette étude s’harmonisent avec des orientations stratégiques plus générales axées sur l’amélioration de la sécurité du revenu, la réduction des pressions sur l’abordabilité et le renforcement de l’accès aux mesures de soutien. Bien que les participants n’aient pas nécessairement identifié chacun des mécanismes stratégiques énumérés ci-dessous, leurs expériences soulignent la nécessité de mesures stratégiques qui améliorent la stabilité, réduisent les compromis entre les besoins essentiels et préviennent l’insécurité alimentaire avant qu’elle ne se produise. Les constatations renforcent également le rôle crucial que jouent les trois ordres de gouvernement dans la lutte contre l’insécurité alimentaire.
Gouvernement fédéral
Le gouvernement fédéral devrait envisager des réformes qui renforcent la sécurité du revenu et améliorent l’accès aux prestations pour les personnes aux prises avec des difficultés financières. Notamment :
- Réformer l’assurance-emploi (AE) afin qu’elle réponde mieux aux réalités de la main-d’œuvre d’aujourd’hui, y compris les personnes occupant un emploi atypique, précaire, saisonnier ou interrompu.
- Améliorer l’accès aux prestations d’invalidité en réduisant les obstacles administratifs, en simplifiant les processus de demande, en limitant les réévaluations des invalidités permanentes et en veillant à ce que les prestations d’invalidité fournissent un soutien adapté.
- Élargir la production automatique de déclarations de revenus et l’accès aux prestations afin que les personnes qui reçoivent de l’aide sociale ou qui vivent avec un faible revenu aient accès à la gamme complète des prestations fédérales fondées sur le revenu.
- Renforcer les mesures de soutien du revenu pour les travailleurs à faible salaire, y compris l’amélioration de l’Allocation canadienne pour les travailleurs (ACT), afin que l’emploi soit plus susceptible d’offrir une voie vers la stabilité plutôt que des difficultés continues.
Gouvernements provinciaux et territoriaux
Les gouvernements provinciaux et territoriaux devraient renforcer les systèmes d’aide sociale et de soutien aux personnes handicapées afin qu’ils reflètent mieux le coût réel de la vie. Les expériences des participants suggèrent la nécessité d’augmenter les taux de prestations, d’indexer les soutiens à l’inflation, de réduire la récupération punitive et de veiller à ce que les gens puissent conserver un revenu d’emploi plus élevé sans perdre les soutiens essentiels.
Ces réformes aideraient à réduire les compromis entre la nourriture, le loyer, les services publics, les médicaments, le transport et les autres besoins essentiels.
Administrations municipales
Les administrations municipales doivent appuyer les interventions locales qui réduisent les obstacles à l’accès aux aliments et renforcent le bien-être des communautés. Il s’agit notamment d’investir dans l’infrastructure alimentaire locale, de soutenir les partenariats avec les organismes communautaires, d’améliorer l’accès à des aliments nutritifs et culturellement appropriés et d’encourager des modèles de services qui favorisent la dignité, la vie privée et l’accessibilité.
Les interventions municipales doivent également reconnaître le rôle du logement, du transport et de l’accès aux services locaux dans la lutte contre l’insécurité alimentaire, surtout pour les personnes qui vivent dans des communautés rurales, nordiques, éloignées ou mal desservies.
Conclusion
Les conclusions de cette étude de RAP démontrent la nature complexe et interconnectée de l’insécurité alimentaire et ses répercussions sur plusieurs domaines de la vie. Elles soulignent les coûts cumulatifs et à long terme pour les particuliers, les communautés et les systèmes. Les expériences des participants montrent que l’insécurité alimentaire est un symptôme de défis plus vastes liés au revenu, au coût de la vie et à l’accès aux ressources essentielles.
Il a été démontré que les difficultés financières, les répercussions sur la santé physique et mentale et la réduction de la participation au travail, à l’éducation et à la vie communautaire étaient étroitement liées et qu’elles se renforçaient au fil du temps. Ces effets cumulatifs soulignent la nécessité d’aller au-delà des réponses à court terme vers des approches plus complètes et préventives.
En centrant l’expérience vécue au moyen d’une approche de RAP, cette étude permet de mieux comprendre l’insécurité alimentaire et comment elle est vécue. Ces renseignements sont essentiels pour éclairer des politiques et des programmes efficaces, équitables et qui répondent aux besoins des personnes les plus touchées.
La cohérence entre les expériences vécues par les participants et les tendances observées dans les données à l’échelle de la population renforce les preuves selon lesquelles l’insécurité alimentaire a des conséquences profondes qui vont bien au-delà de l’accès aux aliments. La lutte contre l’insécurité alimentaire exige des efforts coordonnés qui accordent la priorité à la sécurité du revenu, réduisent la stigmatisation et soutiennent des solutions communautaires à long terme. L’insécurité alimentaire n’est pas une crise à court terme. Il s’agit d’un problème structurel dont les conséquences sanitaires, économiques et sociales sont durables et nécessitent des solutions tout aussi durables et systémiques.
Remerciements
Cette étude a pu être réalisée grâce aux contributions significatives de pairs chercheurs, dont l’expérience vécue, l’expertise, les perspectives et la mobilisation continue ont façonné toutes les étapes du processus de recherche. Leur participation à l’élaboration de la recherche, à l’appui du recrutement, à la collecte de données et à la réflexion sur les nouvelles constatations était au cœur de ce travail. Nous tenons également à remercier sincèrement tous les participants qui ont pris le temps de faire part de leurs expériences et de leurs points de vue. Leurs contributions sont au cœur des constatations présentées dans ce rapport.
Références
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