Le Canada a aujourd’hui une occasion générationnelle de réduire la pauvreté— consultez les bulletins sur la pauvreté de Banques alimentaires Canada.

LA PAUVRETÉ AU CANADA

sous l’angle de la privation

Michael Mendelson, Geranda Notten, Richard Matern et Sofia Seer

Table des matières

QU’EST-CE QUE L’INDICE DE PRIVATION MATÉRIELLE?

Au Canada, nous mesurons couramment l’étendue de la pauvreté en déterminant un niveau de revenu, appelé seuil de pauvreté, pour les ménages de différentes compositions et de divers endroits. Les ménages dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté sont classés comme étant pauvres, tandis que ceux dont le revenu est supérieur au seuil de pauvreté sont classés comme n’étant pas pauvres. (Nous utilisons ici le terme « ménage » pour désigner toute personne ou tout groupe de personnes qui vivent ensemble et partagent des ressources économiques.)

Le seuil officiel de la pauvreté au Canada est fondé sur la mesure du panier de consommation (MPC). La MPC est calculée en additionnant le coût d’un « panier » de biens et de services représentant un niveau de vie de base modeste pour un ménage de deux adultes et deux enfants à divers endroits au Canada. Un seuil de pauvreté est ensuite estimé pour les ménages de différentes tailles en utilisant une échelle d’équivalence pour établir le revenu nécessaire, en théorie, pour permettre aux petits
ou grands ménages d’acheter un panier équivalent pour leur ménage.

Selon la MPC, la prévalence de la pauvreté au Canada était de 10,3 % en 2019, de 6,4 % en 2020 – en grande partie en raison des mesures de soutien extraordinaires en vigueur au plus fort de la pandémie de COVID-19 – et de 7,4 % en 2021, année la plus récente pour laquelle des données finales sont disponibles. Au moment de la rédaction du présent rapport, on s’attend à ce que le taux de pauvreté officiel pour 2022 grimpe à 9,8 % (Heisz et Gustajtis, 2023).

« En mars 2023, près de deux millions de visites aux banques alimentaires ont été enregistrées au Canada, ce qui représente une augmentation de 32 % par rapport à mars 2022 et de 78,5 % par rapport à mars 2019, soit la plus forte augmentation jamais enregistrée d’une année à l’autre. »

HungerCount 2025

Pourtant, même au-delà de l’augmentation importante de la pauvreté officielle prévue pour 2022, Banques alimentaires Canada soupçonne depuis un certain temps que notre mesure de la pauvreté fondée sur le revenu ne permet peut-être pas de déterminer combien de ménages sont pauvres au Canada, et lesquels. Au plus fort de la crise de la pandémie, le nombre de visiteurs dans les banques alimentaires du Canada a augmenté de façon spectaculaire et a continué à augmenter à un rythme alarmant depuis. De plus, les enquêtes ont révélé qu’une proportion alarmante de ménages semblait connaître un niveau de vie sous le seuil de pauvreté, beaucoup plus élevée que le taux d’environ 10 % estimé d’après la MPC. Par exemple, l’Enquête canadienne sur le revenu de 2021 a révélé que « 18 % des familles canadiennes ont déclaré avoir souffert d’insécurité alimentaire au cours des 12 derniers mois » (Uppal, 2023). [traduction] Nonobstant la MPC, un ménage qui ne peut pas se permettre de manger peut-il être autre chose que pauvre?

Avant l’adoption de la MPC, le Canada n’avait pas de seuil de pauvreté officiel, de sorte que la MPC représentait un grand pas en avant dans la mesure et la reconnaissance de l’étendue de la pauvreté par le gouvernement. Mais quel est le niveau de précision de la MPC? Pourrait-il y avoir une autre façon d’évaluer l’étendue de la pauvreté au Canada? Existe-t-il une autre perspective qui pourrait servir de complément à la MPC en tenant compte de l’expérience vécue par de nombreux ménages canadiens?

TL’hypothèse fondamentale implicite dans la MPC, et dans tout seuil de pauvreté fondé sur le revenu, est que le revenu annuel d’un ménage est le meilleur moyen d’évaluer si ce ménage est pauvre. En fait, nous sommes tellement habitués à l’idée des seuils de pauvreté fondés sur le revenu que nous disons souvent que la pauvreté est définie par un certain revenu. Mais ce faisant, nous confondons l’outil de mesure et ce que nous mesurons. Si la ligne sur un thermomètre indique 10 degrés sous zéro, nous savons qu’il fait froid, mais la ligne sur le thermomètre n’est pas la température. C’est une mesure de la température. De même, la pauvreté est un niveau de vie, bien qu’un niveau de vie inacceptable. Un ménage peut, ou non, avoir un niveau de vie sous le seuil de la pauvreté compte tenu de son niveau de revenu, mais le niveau de revenu – ou le seuil de pauvreté – n’est pas la même chose que le niveau de vie.

Si nous définissons simplement la pauvreté comme étant un niveau de revenu, nous mettons fin à toute enquête plus approfondie sur ce qui constitue l’expérience de la pauvreté. Toutefois, si nous disons qu’un niveau de revenu donné
témoigne d’un niveau de vie inacceptable sous le seuil de la pauvreté, nous pouvons ensuite discuter du niveau de vie qu’un ménage peut réellement atteindre avec ce revenu. Ce revenu donne-t-il au ménage un niveau de vie supérieur ou inférieur au seuil de pauvreté? Bref, la relation entre le revenu et la pauvreté devient une question empirique. Il faut ensuite regarder ce que les ménages peuvent faire avec un niveau de revenu donné.

Il existe une multitude de circonstances différentes chez les ménages, de sorte que le niveau de vie que deux ménages peuvent atteindre avec un revenu donné peut être très différent, même si ces ménages sont par ailleurs identiques à bien des égards, comme le nombre de personnes des mêmes groupes d’âge. En effet, des facteurs autres que le revenu peuvent avoir une incidence sur le bien-être financier d’un ménage. Par exemple, un ménage peut avoir un peu d’épargne, tandis qu’un autre peut avoir une dette importante. Un ménage peut avoir loué pendant de nombreuses années une maison de propriétaires avec qui il a une relation personnelle, de sorte que son loyer est demeuré relativement bas et prévisible sur de nombreuses années. Un autre ménage peut avoir récemment déménagé et louer d’un propriétaire qui facture autant que la loi et le marché le tolérera, de sorte qu’il paie un loyer élevé qui augmente chaque année. Un ménage peut inclure une personne qui a des problèmes de santé ou un handicap, ce qui augmente les dépenses du ménage, tandis qu’un autre ménage peut avoir la chance de n’avoir aucun de ces coûts supplémentaires.

La liste des différences de circonstances entre les ménages pourrait s’allonger, reflétant la myriade de conditions de vie réelles des ménages canadiens. En effet, à la création de la MPC, le gouvernement du Canada a reconnu qu’un seuil de pauvreté fondé sur le revenu ne pouvait pas tenir compte de toutes les différences entre les ménages.

On peut dire qu’un seuil de pauvreté fondé sur le revenu mesure la probabilité qu’un ménage soit dans la pauvreté ou non. Autrement dit, si le revenu d’un ménage est inférieur au seuil de pauvreté, il est probable que son niveau de vie soit sous le seuil de pauvreté tandis que si son revenu est supérieur au seuil de pauvreté, il est probable que son niveau de vie soit supérieur au seuil de pauvreté. Selon ses circonstances – par exemple, dette, mauvaise santé, loyer élevé – un ménage dont le revenu dépasse théoriquement le seuil de pauvreté peut en fait vivre dans la pauvreté. De même, un ménage dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté peut avoir un niveau de vie acceptable au final parce que, par exemple, il a accès à de l’épargne ou à l’aide de sa famille.

La MPC, et tout autre seuil de pauvreté fondé sur le revenu, est une mesure de la probabilité et non une définition. Certains ménages qui se situent au-dessus du seuil de pauvreté de la MPC ont un niveau de vie sous le seuil de la pauvreté. On dit de ces ménages qu’ils sont de faux négatifs. C’est-à dire que selon la MPC, ils ne sont pas pauvres, mais une enquête plus approfondie de leur vécu indiquerait qu’ils sont pauvres. De même, certains ménages qui se situent sous le seuil de pauvreté de la MPC n’ont pas un niveau de vie sous le seuil de la pauvreté. On dit de ces ménages qu’ils sont de faux positifs. L’utilisation croissante des banques alimentaires, par exemple, suggère qu’il y a probablement beaucoup plus de faux négatifs que de faux positifs.

Une autre approche pour mesurer le niveau de vie d’un ménage consiste à examiner les résultats plutôt que les intrants, c’est-à-dire à évaluer le niveau de vie d’un ménage en examinant les biens et services auxquels il a accès, et les activités auxquelles il participe. Cette méthode de mesure de la pauvreté est appelée indice de privation matérielle (IPM), bien que cette étiquette puisse être un peu trompeuse, car des aspects non matériels du niveau de vie d’un ménage sont également inclus, comme la participation à des activités.

En Amérique du Nord, nous avons presque exclusivement utilisé une mesure de la pauvreté fondée sur le revenu, mais la méthodologie de l’IPM est utilisée en Europe depuis de nombreuses décennies, y compris par l’organe statistique central de l’Union européenne, Eurostat (voir l’encadré). L’approche européenne de mesure de la pauvreté pourrait améliorer notre compréhension de l’étendue et de la nature de la pauvreté au Canada. Cette autre façon de mesurer la pauvreté pourrait-elle expliquer l’écart entre la MPC et l’expérience des banques alimentaires au Canada? Pour répondre à cette question, Banques alimentaires Canada, en collaboration avec le Centre pour la sécurité alimentaire de Maple Leaf et Maytree , a lancé un projet d’élaboration et d’application d’un IPM au Canada. Nous avons réuni une petite équipe d’experts pour entreprendre le projet, avec le concours d’un comité consultatif dont les membres ont fourni un large éventail de points de vue, allant de l’expérience vécue à une vaste expertise statistique. Le rapport de recherche produit par l’équipe, intitulé Mesurer la pauvreté à l’aide d’un indice de privation matérielle (IDM) : Un indice actualisé pour le Canada (Notten et coll., 2024), est disponible en français et en anglais sur le site Web de Banques alimentaires Canada à l’adresse foodbankscanada.ca (ainsi que sur les sites Web du Centre de Maple Leaf, de Maytree et de l’Environics Institute for Survey Research). Ce rapport décrit en détail le processus de recherche, y compris les techniques d’analyse rigoureuses que nous avons utilisées pour élaborer et appliquer un IPM canadien pour décrire la pauvreté au Canada.

« Le taux de privation matérielle est un indicateur EU-SRCV [Union européenne – Statistiques sur le revenu et les conditions de vie] qui signale l’incapacité de se procurer des articles considérés par la plupart des gens comme souhaitables, voire nécessaires, pour mener une vie adéquate. L’indicateur fait la distinction entre les personnes qui ne peuvent pas se permettre un certain bien ou service, et celles qui n’en ont pas pour une autre raison, par exemple parce qu’elles n’en veulent pas ou n’en ont pas besoin. C’est là l’une des composantes qui a défini le taux de risque de pauvreté ou d’exclusion sociale (AROPE) selon la stratégie Europe 2020. »

– Eurostat, 2022

Nous encourageons les lecteurs à consulter le rapport de recherche complet pour une bonne compréhension de ce projet et de sa méthodologie, de ses constatations et de ses implications. Le présent document résume comment et pourquoi nous avons entrepris le projet de recherche et ce que nous avons fait, et donne quelques exemples de nos constatations.

ÉLABORATION DE L’INDICE DE PRIVATION MATÉRIELLE

En collaboration avec l’Environics Institute for Survey Research, nous avons lancé une enquête en deux phases auprès de résidents canadiens.

Dans la première phase de l’enquête, nous avons invité un échantillon représentatif d’environ 2 000 résidents canadiens à énumérer les biens et services qu’ils s’attendraient à trouver dans un ménage ayant un niveau de vie acceptable dans ce pays. Il est à noter que nous n’avons pas posé de questions sur les « produits de première nécessité ». Bien que trop de résidents canadiens n’ont pas d’endroit où vivre et n’ont pas accès à d’autres nécessités, dans un pays aussi riche que le Canada, la pauvreté consiste à manquer de plus que les produits de première nécessité. Pouvoir recevoir des amis, avoir un endroit où un enfant peut faire ses devoirs en paix et avoir accès à un téléphone (ou, compte tenu de l’environnement numérique actuel, à un téléphone intelligent et un réseau) ne sont pas des « produits de première nécessité » au sens le plus strict du terme. Toutefois,
un ménage qui n’a pas accès à ces activités et à ces types de biens et de services a fort probablement un niveau de vie inférieur à ce qui est acceptable au Canada. Autrement dit, le ménage vit dans la pauvreté.

« On peut dire que des individus, des familles et des groupes dans la population sont en situation de pauvreté lorsqu’ils n’ont pas les ressources nécessaires pour s’alimenter selon les types de régimes alimentaires, participer aux activités, et profiter des conditions de vie et des commodités habituelles, ou du moins largement encouragées ou approuvées, dans les sociétés auxquelles ils appartiennent. »

– Peter Townsend,1979

Cette compréhension de la pauvreté est conforme à la conception moderne de ce que signifie être dans la pauvreté : la pauvreté se définit par rapport au niveau de vie global d’un pays. Il ne s’agit pas seulement de manquer des ressources minimales pour vivre une journée de plus sans détérioration physique. (Voir, par exemple, la définition de la pauvreté de Peter Townsend dans l’encadré. Le livre de Townsend, Poverty in the United Kingdom, est l’une des études fondatrices sur la pauvreté dans un contexte moderne.) Bien que la MPC soit souvent décrite comme un panier de produits de première nécessité, ce ne sont pas des produits de première nécessité dans le sens de permettre à une personne de survivre un jour de plus. La MPC est calculée en fonction du niveau de vie contemporain, et le panier de consommation est censé refléter un niveau de vie modeste pour la famille de référence.

À la lumière des résultats de la première phase de l’enquête, complétée par une série de groupes de discussion, nous avons sélectionné une liste initiale de 14 items à inclure dans notre indice de privation. La méthodologie que nous avons utilisée pour sélectionner ces items est décrite dans le rapport de recherche. En avril et en mai 2023, nous avons mené la deuxième phase de l’enquête auprès de 4 625 résidents canadiens. Cette phase de l’enquête comprenait un suréchantillon de plusieurs groupes qui, selon nous, étaient particulièrement à risque de vivre dans la pauvreté : les parents monoparentaux, les adultes âgés de 25 à 64 ans qui vivent seuls et les personnes qui s’identifient comme Autochtones, Noirs ou Sud-Asiatiques. Les résultats de l’enquête ont été pondérés en fonction de l’âge, du sexe, de la région et du niveau de scolarité afin qu’ils soient représentatifs de l’ensemble de la population canadienne.

Dans le cadre de la deuxième phase de l’enquête, nous avons demandé aux répondants s’ils avaient utilisé ou participé à l’un ou l’autre des 14 items et, dans la négative, si c’était parce qu’ils n’en avaient pas les moyens. Les résultats de l’enquête ont été pondérés de nouveau en fonction de l’âge, du sexe, de la région, du niveau de scolarité, de la race ou de l’ethnicité et de la situation en matière de logement pour correspondre au recensement de 2021. Nous avons également inclus des questions sur les caractéristiques sociales et démographiques des répondants, la situation d’emploi, l’insécurité alimentaire, le bien-être financier, le revenu, l’endettement et plusieurs autres variables.

Après avoir analysé les réponses à la phase deux de l’enquête, nous avons constaté que certains des 14 items étaient redondants, en ce sens qu’il y avait un chevauchement élevé entre les répondants qui ont répondu de la même façon à ces items. Cela aurait pu créer un surdénombrement de l’étendue des privations basé sur le nombre cumulatif de privations. De plus, un item était essentiellement sans importance, car très peu de répondants y ont réagi positivement. À partir de cette analyse, nous avons créé un indice de privation composé de 11 items pour évaluer la situation au Canada.

Le tableau 1 (ci-dessous) présente la liste des 11 items relatifs à la privation et le pourcentage de répondants qui ont dit ne pas en avoir parce qu’ils n’en avaient pas les moyens.

TABLEAU 1 : ITEMS RELATIFS À LA PRIVATION MATÉRIELLE DANS L’ENQUÊTE DE LA PHASE DEUX ET TAUX D’INCIDENCE

Item Question Pourcentage de répondants
Transport Est-ce que vous/tous les membres de votre ménage êtes/sont en mesure de vous/se déplacer dans la communauté au besoin? 3,6 %
Chaussures Est-ce que vous/tous les membres de votre ménage avez au moins une paire de chaussures bien ajustées et une paire de bottes d’hiver à porter? 3,7 %
Protéines Tous les membres de votre ménage sont-ils en mesure de manger de la viande, du poisson ou un équivalent végétarien au moins tous les deux jours? 6,7 %
Température Êtes-vous en mesure de maintenir votre maison ou votre appartement à une température confortable toute l’année? 7,2 %
Occasions spéciales Êtes-vous en mesure de participer à des célébrations ou à d’autres occasions importantes pour les personnes de votre groupe social, ethnique, culturel ou religieux? 7,9 %
Cadeaux Pouvez-vous acheter de petits cadeaux pour vos proches au moins une fois par année? 8,0 %
Factures Êtes-vous actuellement en mesure de payer vos factures à temps? 8,8 %
Vêtements Est-ce que vous/tous les membres de votre ménage avez/ont des vêtements appropriés à porter lors d’occasions spéciales, comme une entrevue d’embauche, un mariage ou des funérailles? 10,1 %
Soins dentaires Est-ce que vous/tous les membres de votre ménage êtes/sont en mesure d’obtenir des soins dentaires réguliers, y compris le nettoyage et l’obturation dentaire, au moins une fois par année? Are you/is everyone in your household able to get regular dental care, including teeth-cleaning and fillings, at least once a year? 18,1 %
Argent de poche Si vous le souhaitiez, pourriez-vous dépenser une petite somme d’argent chaque semaine pour vous-même? 18,6 %
Dépenses imprévues Si vous aviez à faire aujourd’hui une dépense imprévue de 500 $, pourriez-vous le faire à partir de vos propres ressources? 21,7 %

Source : Enquête de la phase deux, calculs effectués par les auteurs.

Le tableau 2 (ci-dessous) indique le nombre d’items relatifs à la privation que les répondants ont déclaré souhaiter, mais ne pas avoir les moyens de se procurer. Un peu plus de 60 % des répondants n’ont déclaré aucun item relatif à la privation.

TABLEAU 2 : POURCENTAGE DE RÉPONDANTS AYANT DÉCLARÉ DE 0 À 11 ITEMS RELATIFS À LA PRIVATION OU PLUS

Items relatifs à la privation Pourcentage de répondants
0 62,63 %
1 12,30 %
2 8,20 %
3 5,55 %
4 4,14 %
5 2,43 %
6 1,43 %
7 1,26 %
8 0,93 %
9 0,57 %
10 0,24 %
11 0,32 %

Source : Enquête de la phase deux, calculs effectués par les auteurs.

Plus un ménage souhaite d’items relatifs à la privation, mais sans pouvoir se les permettre, plus il est probable qu’il ait un niveau de vie sous le seuil de la pauvreté. Le tableau 3 (page suivante) montre le pourcentage de répondants et leur total cumulatif d’items relatifs à la privation – par exemple, environ 25 % des répondants avaient deux items de privation ou plus et environ 17 % ont déclaré en avoir trois.

TABLEAU 3 : TOTAL CUMULATIF D’ITEMS DE PRIVATION

Nombre cumulatif d'items de privation Pourcentage de répondants
0 ou plus 100 %
1 ou plus 37,37 %
2 ou plus 25,07 %
3 ou plus 16,87 %
4 ou plus 11,32 %
5 ou plus 7,18 %
6 ou plus 4,75 %
7 ou plus 3,32 %
8 ou plus 2,06 %
9 ou plus 1,13 %
10 ou plus 0,56 %
11 ou plus 0,32 %

Source : Enquête de la phase deux, calculs effectués par les auteurs.

Si nous voulons désigner un niveau de privation comme indicateur d’une forte probabilité d’un niveau de vie sous le seuil de la pauvreté, il nous faut établir un « seuil » de privation : ce seuil devrait-il être fondé sur un item, deux, trois, quatre ou même plus? Nous voulions choisir un niveau de privation qui minimise le nombre de faux positifs – des gens désignés comme vivant dans la pauvreté, mais qui ne sont pas vraiment pauvres – et des faux négatifs – des gens désignés comme ne vivant pas dans la pauvreté, mais qui sont en fait pauvres.

Comme nous l’avons décrit en détail dans le rapport de recherche, nous avons élaboré une nouvelle approche plus rigoureuse que les approches utilisées dans le passé pour déterminer un seuil de privation. Nous avons examiné la corrélation entre les seuils de privation potentielle et quatre autres indicateurs bien connus de pauvreté possible : l’insécurité alimentaire, les problèmes financiers, le revenu inférieur à la médiane et les difficultés économiques. En supposant qu’un manque de corrélation entre chacun de ces indicateurs était révélateur d’un faux positif ou d’un faux négatif, nous avons choisi un seuil de privation qui équilibrait les variations dans la taille des faux positifs et des faux négatifs (parce qu’on ne peut pas minimiser les deux erreurs simultanément).

À l’aide de cette méthodologie, nous avons constaté que les seuils fondés sur « deux items ou plus » et sur « trois items ou plus » étaient les meilleurs indicateurs d’un niveau de vie sous le seuil de la pauvreté. Nous avons utilisé le seuil fondé sur « deux items ou plus » pour mesurer la pauvreté et le seuil fondé sur « trois items ou plus » pour vérifier la robustesse de notre évaluation – par exemple, les parents monoparentaux auraient-ils un taux de privation aussi élevé par rapport au taux de privation moyen si un seuil fondé sur trois items ou plus était utilisé?

PRIVATION MATÉRIELLE AU CANADA

Comme le montre le tableau 4, 25 % des Canadiens ont probablement un niveau de vie sous le seuil de la pauvreté sur la base d’un seuil de privation matérielle fondé sur deux items ou plus. Quelque 17 % des Canadiens dépassent un seuil de privation fondé sur trois items et sont donc encore plus susceptibles de vivre sous le seuil de la pauvreté. L’incidence de la pauvreté estimée à l’aide des mesures de privation matérielle est beaucoup plus élevée dans toutes les provinces que l’incidence estimée à l’aide de la MPC.

TABLEAU 4 : CLE CANADA ET LES PROVINCES POURCENTAGE DE PAUVRETÉ PROBABLE MESURÉ PAR L’INDICE DE PRIVATION MATÉRIELLE PAR RAPPORT À LA MPC

Seuil fondé sur deux items ou plus Seuil fondé sur trois items ou plus MPC 2021
Canada 25,1 % 16,9 % 7,4 %
Provinces de l’Atlantique 27,1 % 19,6 % 7,8 %
Québec 23,4 % 16,6 % 5,2 %
Ontario 27,6 % 17,0 % 7,7 %
Manitoba et Saskatchewan 20,1 % 13,7 % 9,0 %
Alberta 23,4 % 17,6 % 7,8 %
Colombie-Britannique 23,8 % 16,7 % 8,8 %

Source des données sur la privation matérielle : Enquête de la phase deux, calculs effectués par les auteurs

Source des données sur la MPC : Statistique Canada. Tableau 11-10-0136-01, Statistiques du faible revenu selon le type de famille économique.

Les estimations de la privation matérielle sont basées sur nos enquêtes, effectués au printemps de 2023. Comme nous l’avons mentionné, la plus récente projection de l’incidence de la pauvreté fondée sur la MPC est de près de 10 % pour 2022. Lorsque les données finales seront disponibles en vue de l’estimation de la pauvreté en fonction de la MPC en 2023, il est très possible qu’elles auront augmenté de nouveau. Néanmoins, on peut supposer sans risque de se tromper que l’incidence de la pauvreté fondée sur la privation matérielle demeure sensiblement plus élevée que celle qui est fondée sur la MPC. Les estimations de l’incidence d’un niveau de vie sous le seuil de la pauvreté fondées sur la privation matérielle semblent plus en accord avec les expériences actuelles des banques alimentaires, l’incidence signalée de la faim et d’autres symptômes de détresse économique.

L’écart entre les estimations de la pauvreté calculées au moyen de ces deux méthodes offre une occasion de mieux comprendre la situation des ménages canadiens à faible revenu. Par exemple, dans quelle mesure les dettes contribuent-elles à empêcher les ménages dont le revenu est supérieur à la MPC de se procurer deux, trois items ou plus (qu’un ménage de ce niveau de revenu devrait avoir les moyens de se permettre)? Comment une situation de handicap contribue-t-elle à la privation matérielle? Le rapport de recherche complet explore ces questions en détail en analysant le chevauchement entre la privation matérielle et d’autres indicateurs. Dans ce document plus court, nous donnons quelques exemples de la relation entre la privation matérielle et d’autres variables.

Le tableau 5 montre les taux de privation matérielle pour un seuil fondé sur deux ou trois items selon l’âge et quelques autres variables démographiques. Alors que les niveaux de privation matérielle sont à peu près les mêmes pour tous les ménages comprenant des personnes de moins de 65 ans, la défavorisation diminue considérablement chez les plus de 65 ans. Les ménages monoparentaux et les ménages d’une personne de moins de 65 ans affichent les taux de privation les plus élevés, tandis que les couples sans enfant et les personnes de plus de 65 ans – même dans les ménages d’une personne – sont les moins défavorisés.

TABLEAU 5 : ÂGE ET TYPE DE MÉNAGE POURCENTAGE DE PAUVRETÉ PROBABLE MESURÉ AU MOYEN DE L’INDICE DE PRIVATION MATÉRIELLE

Seuil fondé sur deux items ou plus Seuil fondé sur trois items ou plus
Canada 25,1 % 16,9 %
18 à 30 ans 30,2 % 19,0 %
31 à 44 ans 29,3 % 21,1 %
45 à 64 ans 27,7 % 18,6 %
65 ans et plus 11,1 % 6,8 %
Ménages monoparentaux 44,5 % 32,3 %
Ménages biparentaux 24,1 % 16,2 %
Adultes vivant seuls 29,7 % 19,5 %
Adultes vivant seuls (moins de 65 ans) 34,6 % 23,6 %
Adultes vivant seuls (plus de 65 ans) 17,4 % 10,6 %
Couples sans enfants 15,3 % 10,5 %

Source : Enquête de la phase deux, calculs effectués par les auteurs.

Le tableau 6 présente les taux de privation en fonction de divers facteurs socioéconomiques, comme la race, l’ethnicité et le niveau de scolarité. Nous avons constaté des taux de privation beaucoup plus élevés chez les répondants noirs et autochtones, et la privation est inversement proportionnelle à l’éducation. Les taux de privation les plus élevés – environ 50 % – ont été observés chez les répondants sans emploi et à la recherche d’un emploi et ceux qui dépendaient des transferts gouvernementaux. Le taux de privation chez les répondants qui sont locataires est supérieur à 40 %; chez les répondants qui sont propriétaires de leur maison, il est inférieur à 20 %.

TABLEAU 6 : CARACTÉRISTIQUES SOCIOÉCONOMIQUES POURCENTAGE DE PAUVRETÉ PROBABLE MESURÉ AU MOYEN DE L’INDICE DE PRIVATION MATÉRIELLE

Seuil fondé sur deux items ou plus Seuil fondé sur trois items ou plus
Canada 25,1 % 16,9 %
Asiatiques du Sud 23,8 % 11,4 %
Chinois 11,8 % 9,4 %
Noirs 34,4 % 22,9 %
Autochtones 37,4 % 27,1 %
Autres minorités visibles 26,5 % 16,6 %
Blancs 24,8 % 17,0 %
Études secondaires terminées ou partielles 36,0 % 27,2 %
Formation professionnelle ou formation collégiale partielle 29,3 % 19,9 %
Études collégiales 20,8 % 12,5 %
Études universitaires 15,3 % 8,5 %
Travailleur à temps plein, à temps partiel ou autonome 23,9 % 15,2 %
Pas sur le marché du travail et pas à la recherche d’emploi 22,8 % 15,2 %
Sans emploi et en recherche d’emploi 55,5 % 46,6 %
Revenu d’emploi 23,1 % 14,6 %
Revenus de placements et de retraite 19,0 % 13,4 %
Transferts gouvernementaux 55,4 % 40,7 %
Autres sources de revenus 40,1 % 28,6 %
Propriétaires 18,2 % 11,5 %
Locataires 41,8 % 30,0 %

Source : Enquête de la phase deux, calculs effectués par les auteurs.

Le tableau 7 montre les niveaux de privation selon l’état de santé et d’incapacité. Environ la moitié des répondants qui ont déclaré avoir un problème important de santé mentale ou physique ou d’incapacité vivent dans la pauvreté selon le seuil fondé sur deux items de l’IPM, et environ le tiers selon le seuil fondé sur trois items. Nous avons également posé des questions sur des sujets comme le stress : Quelque 43 % et 31 % des répondants ayant déclaré un niveau élevé de stress affichaient un niveau de vie sous le seuil de la pauvreté selon les seuils fondés sur deux et sur trois items, respectivement.

Source: Enquête de la phase deux, calculs effectués par les auteurs.

Le tableau 7 montre les niveaux de privation selon l’état de santé et d’incapacité. Environ la moitié des répondants qui ont déclaré avoir un problème important de santé mentale ou physique ou d’incapacité vivent dans la pauvreté selon le seuil fondé sur deux items de l’IPM, et environ le tiers selon le seuil fondé sur trois items. Nous avons également posé des questions sur des sujets comme le stress : Quelque 43 % et 31 % des répondants ayant déclaré un niveau élevé de stress affichaient un niveau de vie sous le seuil de la pauvreté selon les seuils fondés sur deux et sur trois items, respectivement.

Seuil fondé sur deux items ou plus Seuil fondé sur trois items ou plus
Canada 25,1 % 16,9 %
Santé physique <div style="height:40px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>
Excellente et très bonne 15 % 9 %
Bonne 21 % 13 %
Passable et précaire 42% 30 %
Santé mental
Excellente et très bonne 13 % 8 %
Bonne 24 % 14 %
Passable et précaire 44% 33 %
Santé mentale et physique précaire ou passable 51 % 40 %
Santé Incapacité
Aucune incapacité 18 % 12 %
Incapacité qui limite toujours, souvent ou occasionnellement l’activité 37 % 27 %
Une incapacité mentale et physique 49 % 33 %
Stress
Pas du tout/pas très stressant 11 % 7 %
Un peu stressant 23 % 14 %
Assez/extrêmement stressant 43 % 31 %

Source : Enquête de la phase deux, calculs effectués par les auteurs.

Nous avons également posé des questions sur la perception de soi et les attitudes. Ces types de questions ne font généralement pas partie d’une enquête sur la pauvreté, mais ils illustrent comment la pauvreté matérielle est liée à des notions plus générales de bien-être. Le tableau 8 montre la corrélation importante entre la privation et des facteurs comme l’espoir, la confiance et le fait de pouvoir compter sur d’autres personnes pour de l’aide.

TABLEAU 8 : PERCEPTIONS ET ATTITUDES POURCENTAGE DE PAUVRETÉ PROBABLE MESURÉ AU MOYEN DE L’INDICE DE PRIVATION MATÉRIELLE

Seuil fondé sur deux items ou plus Seuil fondé sur trois items ou plus
Canada 25,1 % 1,. 9%
Vous avez une vision optimiste de l'avenir
Toujours/souvent 15 % 10 %
Parfois 30 % 20 %
Rarement/jamais 47 % 35 %
subheading]Vous aves confiance en vos capacités, même lorsque vous faites face à des difficultés
Toujours/souvent 18 % 11 %
Parfois 33 % 23 %
Rarement/jamais 46 % 34 %
Vous êtes capable de vous relever rapidement après des moments difficiles.
Toujours/souvent 17 % 11 %
Parfois 32 % 22 %
Rarement/jamais 52 % 40 %
Vous pouvez compter sur l'aide d'autres personnes quand vous en avez vraiment besoin
Toujours/souvent 18 % 12 %
Parfois 28 % 19 %
Rarement/jamais 48 % 35 %

Source : Enquête de la phase deux, calculs effectués par les auteurs.

QUI VIT DANS LA PAUVRETÉ?

Les tableaux précédents nous renseignent sur la probabilité que divers groupes et caractéristiques soient corrélés à la pauvreté selon l’IPM. Par exemple, les tableaux nous disent que 41,8 % des personnes qui sont locataires vivent dans la pauvreté, selon le seuil de l’IPM fondé sur deux items. Si nous examinons plutôt l’ensemble des personnes qui vivent dans la pauvreté, quelles sont leurs caractéristiques communes? À la section précédente, nous avons demandé quel pourcentage de locataires (par exemple) vivent dans la pauvreté; ici, nous avons demandé quel pourcentage de personnes vivant dans la pauvreté sont locataires.

Le tableau 9 présente un échantillon des constatations tirées de l’enquête de la phase deux pour les répondants ayant un niveau de vie sous le seuil de la pauvreté selon le seuil fondé sur deux ou trois items. Ces constatations montrent, par exemple, que plus de la moitié des répondants qui vivent dans la pauvreté ont une incapacité et que 55 % à 60 % ont un revenu d’emploi. Il est à noter que ces caractéristiques ne sont pas mutuellement exclusives – par exemple, une personne vivant dans la pauvreté peut être à loyer, et avoir à la fois un revenu d’invalidité et un revenu d’emploi. La probabilité qu’un répondant qui vit dans la pauvreté ait une caractéristique donnée est assez semblable pour le seuil fondé sur deux items et le seuil fondé sur trois items, comme on peut s’y attendre.

TABLEAU 9 : QUI VIT DANS LA PAUVRETÉ SELON NOTRE IPM?

QUELQUES CARACTÉRISTIQUES DES PERSONNES VIVANT DANS LA PAUVRETÉ PARMI CELLES QUI SATISFONT AU SEUIL FONDÉ SUR DEUX ITEMS OU PLUS PARMI CELLES QUI SATISFONT AU SEUIL FONDÉ SUR TROIS ITEMS OU PLUS DANS LA POPULATION TOTALE
Noirs 5,5 % 5,5 % 4,1 %
Autochtones 7,2 % 7,7 % 4,9 %
Autres minorités visibles 17,2 % 19,2 % 10,0 %
Études secondaires terminées ou partielles 39,0 % 43,9 % 27,2 %
Formation professionnelle ou formation collégiale partielleTrade or some college 24,1 % 24,3 % 20,6 %
Pas sur le marché du travail 31,3 % 31,2 % 34,5 %
Sans emploi et en recherche d’emploi 10,8 % 13,6 % 4,9 %
Revenu d’emploi 57,8 % 55,2 % 63,9 %
Transferts gouvernementaux 15,7 % 17,3 % 7,0 %
Locataires 48,0 % 51,1 % 28,6 %
18 à 30 ans 19,2 % 17,9 % 16,1 %
Ménages monoparentaux 12,3 % 13,2 % 6,9 %
Adultes vivant seuls (moins de 65 ans) 23,4 % 22,6 % 16,8 %
Adultes vivant seuls (plus de 65 ans) 3,9 % 4,0 % 6,2 %
Incapacité qui limite l’activité 53,4 % 56,4 % 36 %
Une incapacité mentale et physique 9,3 % 9,3 % 5 %
Vous pouvez compter sur l’aide d’autres personnes rarement/jamais 25,7 % 27,9 % 13 %

Source : Enquête de la phase deux, calculs effectués par les auteurs.

IMPLICATIONS

Notre analyse de la pauvreté à partir de résultats et par l’entremise d’un IPM suggère que la pauvreté pourrait être plus étendue et plus multidimensionnelle qu’elle n’y paraît si on l’envisage uniquement du point de vue d’un seuil de pauvreté fondé sur le revenu. D’une part, comme nous l’avons expliqué plus en détail dans notre rapport de recherche, il semble que la pauvreté puisse être encore plus répandue parmi les groupes classés comme étant à risque que ne le suggère un seuil de pauvreté fondé sur le revenu. De plus, l’IPM peut fournir une perspective ancrée dans les différences de circonstances qui contribuent à la pauvreté chez les groupes à risque. Par exemple, comme l’illustre la figure 1, nous avons constaté que la privation matérielle était beaucoup plus élevée que la pauvreté de revenu chez les ménages monoparentaux et les adultes seuls de moins de 65 ans.

FIGURE 1 : PRIVATION MATÉRIELLE ET PAUVRETÉ DE REVENU CHEZ LES GROUPES À RISQUE

En situation de privation matérielle, revenu faible

En situation de privation matérielle, pas de revenu faible

Pas en situation de privation matérielle, revenu faible

Pas en situation de privation matérielle, pas de revenu faibleNot materially deprived, not income poor


Population totale
9%
16%
8%
67%
Ménage monoparental
21%
24%
12%
43%
Adulte vivant seul (moins de 65 ans)
16%
18%
9%
57%
Communauté autochtone
19%
20%
13%
48%
Communauté noire
13%
21%
6%
59%
Sans emploi et à la recherche d’un emploi
35%
22%
24%
20%
Les versements de transferts sont la principale source de revenus
37%
18%
23%
22%
Logement loué
19%
22%
14%
45%

9%
16%
8%
67%
21%
24%
12%
43%
16%
18%
9%
57%
19%
20%
13%
48%
13%
21%
6%
59%
35%
22%
24%
20%
37%
18%
23%
22%
19%
22%
14%
45%
Population totale
Ménage monoparental
Adulte vivant seul (moins de 65 ans)
Communauté autochtone
Communauté noire
Sans emploi et à la recherche d’un emploi
Les versements de transferts sont la principale source de revenus
Logement loué

Une meilleure compréhension de la pauvreté est essentielle pour évaluer avec exactitude nos progrès, ou l’absence de progrès, dans la réduction de la détresse matérielle chez les ménages au Canada. Nous recommandons que Statistique Canada établisse et maintienne un module de privation matérielle – un ensemble de questions visant à mesurer les niveaux de vie à la lumière des biens, des services et des activités « normaux » que les ménages d’un niveau de vie modeste, mais acceptable devraient ordinairement être en mesure de se permettre. Le module de privation matérielle compléterait la MPC, qui mesure la pauvreté au moyen d’intrants. Ensemble, les deux types d’indicateurs permettraient de mieux comprendre la pauvreté au Canada.

Statistique Canada, avec l’aide d’Emploi et Développement social Canada, est sans l’ombre d’un doute mieux placé pour élaborer et maintenir un IPM robuste qu’un groupe d’organisations bénévoles. Statistique Canada pourrait facilement et à peu
de frais ajouter un module de privation à l’une de ses enquêtes annuelles existantes, par exemple l’Enquête canadienne sur le revenu. Une compréhension encore plus complète de la pauvreté pourrait être obtenue en incluant le module de privation dans le questionnaire long de recensement, ce qui permettrait un examen détaillé de la relation entre la détresse économique et les nombreuses variables incluses dans le questionnaire long, y compris pour les groupes et les lieux pour lesquels les échantillons seraient autrement trop petits pour permettre une analyse.

Un autre avantage, mineur, mais non négligeable, de l’IPM s’il est utilisé comme complément à la MPC est qu’une enquête sur la privation matérielle peut fournir de la rétroaction sur les conditions actuelles, alors que la MPC sera toujours en retard de quelques années en raison du temps nécessaire pour assurer l’exactitude des données sur le revenu. Cet avantage de l’IPM serait particulièrement important en période d’évolution rapide de la conjoncture économique et de nécessité d’une réaction rapide, comme au plus fort de la récente pandémie et de la flambée de l’inflation qui a suivi, ou à un moment où les taux d’intérêt augmentent rapidement.

Un IPM serait un outil utile non seulement pour comprendre la nature de la pauvreté au Canada, mais aussi pour concevoir de meilleurs programmes de lutte contre la pauvreté. Par exemple, notre sondage suggère qu’un simple paiement de revenu ajusté en fonction de quelques facteurs comme la taille et l’âge de la famille ne permettra pas de lutter efficacement contre la pauvreté. Nous devons plutôt comprendre et aborder les facteurs, au-delà du revenu, qui déterminent l’expérience des ménages. À titre d’autre exemple, nous avons constaté que la majorité des personnes vivant dans la pauvreté travaillent ou cherchent du travail, de sorte que s’attaquer à la pauvreté uniquement au moyen de programmes destinés aux personnes qui ne font pas partie de la population active ne permettra pas d’atteindre la plupart des personnes qui ont besoin d’un soutien supplémentaire.

En résumé, nous croyons que notre recherche a montré que la pauvreté peut être différente, et peut-être plus étendue, qu’elle ne le semble lorsque considérée uniquement sous l’angle du seuil de pauvreté fondé sur le revenu évalué au moyen de la MPC. Nous croyons qu’il est possible de mieux comprendre la pauvreté en appliquant un second angle d’analyse : un indice de privation matérielle.

REMERCIEMENTS

Ce projet a été mené par Banques alimentaires Canada, et a reçu du financement de Banques alimentaires Canada, du Centre pour la sécurité alimentaire de Maple Leaf et de Maytree . L’Environics Institute for Survey Research a facilité notre enquête et notre analyse. Nous sommes reconnaissants des commentaires que nous avons reçus des membres du comité consultatif tout au long du projet : Mike Creek (Working for Change), Ginger Gosnell-Myers (chercheur associé, Université Simon Fraser, Morris J. Wosk Centre for Dialogue), Andrew Heisz (Statistique Canada), Julie Kaplan (Statistique Canada), et Merryn Maynard (le Centre pour la sécurité alimentaire de Maple Leaf).

RÉFÉRENCES

Eurostat. (2022). Statistics Explained.

https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Glossary:Material_deprivation

Heisz, A. et Gustajtis, B. (2023). Seuils de la Mesure du panier de consommation et tendances provisoires en matière de pauvreté pour 2021 et 2022. Série de documents de recherche – Revenu. Statistique Canada.

https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/75f0002m/75f0002m2022008-fra.htm

Développement des ressources humaines Canada. (2003). Les statistiques de 2000 sur le faible revenu selon la mesure du panier de consommation.

https://publications.gc.ca/site/archivee-archived.html?url=https://publications.gc.ca/collections/Collection/RH63-1-569-03-03E.pdf

Notten, G., Seer, S., Mendelson, M., Matern, R., & Parkin, R. (2024).

Mesure de la pauvreté au moyen d’un indice de privation matérielle (IPM) : Un indice mis à jour au Canada. Banques alimentaires Canada.

Townsend, P. (1979). Poverty in the United Kingdom. London, Allen Lane and Penguin Books

https://www.poverty.ac.uk/free-resources-books/poverty-united-kingdom

Uppal, S. (2023).L’insécurité alimentaire chez les familles canadiennes. Statistique Canada.

https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/75-006-x/2023001/article/00013-fra.htm