Lorsque vous pensez aux banques alimentaires, qu’est-ce qui vous vient à l’esprit? Vous n’êtes pas la seule personne à penser à des récits de troisième main et des hypothèses qui peuvent ou non être vraies. Les banques alimentaires jouent un rôle essentiel pour soulager la faim et soutenir les communautés, mais les idées reçues déforment souvent la situation, nuisent à la conversation et contribuent à la stigmatisation. Aujourd’hui, nous explorons cinq mythes courants que vous avez peut-être rencontrés et mettons les choses au clair.
Mythe 1 : L’utilisation abusive des banques alimentaires est omniprésente.

L’utilisation abusive des banques alimentaires est rare. Plus souvent, les gens ne visitent une banque alimentaire qu’après avoir épuisé d’autres options. Par exemple, de nombreuses familles ont atteint la limite de leurs cartes de crédit ou vendu leurs biens les plus précieux au moment où elles demandent de l’aide. En fait, nous encourageons les gens à se tourner vers une banque alimentaire plus tôt, avant de tout perdre ou de se retrouver dans un cycle d’endettement. Une partie de l’objectif des banques alimentaires est d’aider tout le monde à éviter ces situations difficiles.
Chaque personne vit une situation différente. Par exemple, le simple fait de posséder un véhicule ne signifie pas nécessairement que quelqu’un a de la facilité à s’en sortir. Dans de nombreux endroits, il est pratiquement impossible d’acheter les produits essentiels de la vie, d’accéder à des soins médicaux et à d’autres services essentiels, de prendre soin des enfants, d’aller travailler, de chercher un emploi ou même de visiter la banque alimentaire sans voiture. (Cela dit, les subventions d’accès de Banques alimentaires Canada aident les banques alimentaires à éliminer les obstacles au transport.)
Les recherches montrent que les banques alimentaires sont sous-utilisées et non surutilisées. Selon Statistique Canada, plus de 1 personne sur 20 au Canada est aux prises avec une grave insécurité alimentaire. Les gens dans une telle situation peuvent sauter des repas, réduire leur consommation de nourriture ou même se priver de nourriture pendant une journée ou plus en raison d’un manque d’argent. Dans bien des cas, les personnes qui souffrent de la faim ne se tournent pas vers les banques alimentaires en raison de la stigmatisation ou de l’impression que d’autres personnes en ont plus besoin qu’elles.
Vous avez peut-être lu dans les nouvelles ou dans les rapports de Banques alimentaires Canada que les banques alimentaires manquent de nourriture. Cette situation est très inquiétante, mais elle n’est pas causée par une utilisation abusive généralisée de la part de gens qui n’ont pas besoin de soutien. C’est plutôt parce qu’il y a maintenant des millions de personnes de plus qui vivent dans des ménages en situation d’insécurité alimentaire par rapport à avant la pandémie. Avec l’aide de partenaires et de donateurs, le réseau de banques alimentaires du Canada s’efforce de répondre à cette urgence et d’augmenter l’offre alimentaire disponible.
Mythe 2 : Seules les personnes sans emploi ont besoin des banques alimentaires.

Les personnes ayant un emploi sont l’un des segments qui connaissent la croissance la plus rapide parmi les utilisateurs des banques alimentaires. Selon le dernier rapport Bilan-Faim de Banques alimentaires Canada, elles représentaient environ 19 % des utilisateurs à l’échelle nationale.
De nombreuses personnes au Canada font de leur mieux pour s’en sortir avec un emploi précaire. Parmi elles se trouvent environ 871 000 personnes qui travaillent principalement dans l’« économie à la demande »; elles peuvent parfois joindre les deux bouts, mais d’autres fois non.
De plus, les augmentations du coût de la vie ont dépassé les salaires dans de nombreuses régions du Canada. Par exemple, le salaire minimum en Ontario – 17,60 $ l’heure – est bien inférieur au salaire de subsistance de Toronto, que l’Ontario Living Wage Network a calculé comme étant d’environ 27 $ l’heure.
Tant que la situation perdurera, même un emploi à temps plein stable ne suffira pas forcément à protéger les gens contre l’insécurité alimentaire.
Mythe 3 : Les gens pourraient surmonter l’insécurité alimentaire en établissant un budget et en planifiant leurs repas.

La budgétisation et la planification des repas ne sont jamais une mauvaise idée, mais les recherches de Banques alimentaires Canada montrent que très souvent, elles ne suffiraient pas à prévenir l’insécurité alimentaire.
Le graphique ci-dessous illustre la réalité du quintile de revenu le plus bas du Canada (le cinquième des gens ayant le revenu le moins élevé au pays) : un groupe comptant plus de 8 millions de personnes. En 2021, ce groupe utilisait près de la moitié de ses revenus uniquement pour se loger, en moyenne, ce qui était déjà un fardeau. Aujourd’hui, le logement représente deux tiers de leur revenu, ce qui ne laisse qu’un tiers pour tout le reste, y compris la nourriture.

Lorsqu’on additionne les coûts moyens de logement, de nourriture et de transport, le total est beaucoup plus élevé que le revenu moyen de ce groupe. Une simple planification de repas ne leur permettra jamais de sortir d’une telle situation.
Les quintiles de revenu moyen, aussi appelés la classe moyenne, ont une marge de manœuvre financière un peu plus grande que le quintile de revenu le plus faible. Pourtant, ils risquent toujours de vivre de l’insécurité alimentaire, surtout compte tenu du fait que de nombreuses personnes ont des coûts non négociables supplémentaires au-delà de la nourriture, du logement et du transport. Certains d’entre eux doivent gérer des problèmes médicaux, rembourser des dettes étudiantes ou s’occuper d’un membre âgé de leur famille, par exemple. Encore une fois, nous devons tenir compte de la situation de chaque personne.
Mythe 4 : Les banques alimentaires ont tendance à rendre les gens dépendants; elles les empêchent de prendre des mesures pour surmonter l’insécurité alimentaire.

Certaines personnes vivent de l’insécurité alimentaire à long terme, pour diverses raisons, et les banques alimentaires sont fières d’être là pour elles. Toutefois, les données de prise en charge montrent qu’historiquement, les banques alimentaires ont enregistré un taux de roulement élevé de la clientèle.
Dans les conditions économiques d’après la pandémie, il est probablement plus difficile qu’avant d’échapper aux difficultés financières. Néanmoins, selon une étude récente de l’Université de Montréal, environ les deux tiers d’un échantillon d’utilisateurs de banques alimentaires au Québec n’effectuaient plus de visites régulières après deux ans.
Lorsque les gens n’ont pas besoin de s’inquiéter d’où viendra leur prochain repas, ils peuvent libérer du temps, de l’énergie et de la charge mentale pour aller de l’avant avec des étapes comme l’obtention de titres de compétences, l’orientation dans leur nouveau pays, la résolution de problèmes de santé ou de défis personnels, le démarrage d’une entreprise, etc. Pour les gens qui ne surmontent pas complètement leurs difficultés financières, ils sont mieux placés qu’avant pour prendre soin d’eux-mêmes, de leur famille et de leur communauté.
Bref, les banques alimentaires ouvrent les portes à un avenir meilleur pour tout le monde, parce que le potentiel humain est trop précieux pour ne pas être nourri.
Mythe 5 : Les banques alimentaires empêchent la société de s’attaquer aux causes profondes de la faim.

Les banques alimentaires sont tout à fait conscientes que même si le fait de fournir de la nourriture atténue certaines des difficultés causées par l’insécurité alimentaire, cela ne l’empêche pas de se manifester. C’est pourquoi Banques alimentaires Canada, les associations provinciales et territoriales de banques alimentaires, ainsi que de nombreuses banques alimentaires locales, travaillent ensemble pour promouvoir des solutions en amont.
Pour prévenir l’insécurité alimentaire, tous les ordres de gouvernement doivent agir. Nos chercheurs analysent cette question et formulent des recommandations concrètes et réalistes pour s’attaquer aux causes profondes au moyen de politiques et de programmes.
Par exemple, le gouvernement fédéral a récemment annoncé qu’à compter de 2027, l’ARC produira automatiquement des déclarations de revenus pour les personnes canadiennes à faible revenu dont la situation fiscale est simple. Ces ménages ne doivent pas d’impôts parce que leurs revenus sont trop modestes. Toutefois, ils sont admissibles à diverses prestations qui pourraient faire une grande différence, mais bon nombre d’entre eux ne les reçoivent pas à l’heure actuelle parce qu’ils doivent produire leur déclaration de revenus pour les obtenir. Plusieurs obstacles peuvent empêcher la production de déclarations de revenus, comme le manque de connaissances sur le régime fiscal et le manque de fonds pour payer quelqu’un d’autre afin d’aider les gens à s’y retrouver.
Banques alimentaires Canada ne peut pas s’attribuer l’entier mérite de la décision du gouvernement, mais nous avons appris que notre fiche de rendement sur la pauvreté annuelle y a contribué.
Ce n’est qu’un exemple des changements systémiques préconisés par les banques alimentaires. Si tous les ordres de gouvernement font leur part, nous croyons qu’il serait possible de réduire l’insécurité alimentaire de moitié d’ici 2030.
En attendant, tout le monde doit continuer à manger! Les banques alimentaires et leurs généreux donateurs s’engagent à fournir un soutien alimentaire, même s’ils font pression pour un environnement où beaucoup moins de gens en auront besoin.